La région de Kampot, au Sud du Cambodge, est une excellente destination pour se retrouver en communion avec la nature. Ambiance détendue, rythme lent et mini-communautés éphémères, tout est fait pour se détendre et se ressourcer !

 

Une communauté à Kampot

Ça y est, cette fois, je ne peux plus dénier que je suis en long voyage en non en vacances : j’ai prolongé à deux reprises mon séjour à Ganesha Kampot Eco Guesthouse, juste parce que je m’y sentais bien. Ce soir, c’est ma dernière soirée et je reconnais presque tout le monde autour de moi. Que ce soit l’anglais de 47 ans qui semble avoir eu plusieurs vies dans plusieurs pays, le canadien qui est sur le point de changer d’orientation de carrière, le couple de nomades digitaux suédois, l’américain que l’on est sûr de trouver tous les soirs au billard, les serveurs/serveuses venant du Cambodge, d’Irlande ou d’Allemagne ou le chauve discret qui fait les meilleures panna cotta que j’ai goûtées, je leur ai tous plus ou moins parlé dans les jours qui ont précédés.

Certains sont restés ici toute la journée alors que d’autres reviennent d’activités extérieures ou de restaurants en ville. Quoi qu’il en soit, on s’est tous naturellement retrouvé dans l’abri qui sert d’accueil, de restaurant, de bar, de rez-de-chaussée du dortoir ou de salle détente, afin de discuter un peu avant d’aller se coucher et de se retrouver le lendemain matin.

C’est presque une petite communauté qui s’est créée pendant quelques jours. Certains partent, d’autres arrivent. Chacun est ouvert pour en apprendre sur l’autre ou partager ses expériences. Il n’y a pas de jugement. Que l’on reste 2 jours comme les touristes habituels ou 4-5 jours parce que l’on s’y sent bien, peu importe. On est avant tout là pour profiter de ce petit havre de paix au sein de la nature, entre lucioles et grenouilles.

 

Ganesha Kampot Eco Guesthouse

Vous l’aurez compris, mon expérience à Kampot est sans aucun doute très liée à la guesthouse dans laquelle je suis restée : Ganesha Kampot Eco Guesthouse. Il s’agit d’une grande surface naturelle sur la rive Est de la rivière et sur laquelle on a construit des petites tours, des maisons ainsi que des cabines en bois. Sur les murs, des toiles de Ganesh et un anti-moustique en forme de champignons hallucinogènes.

Ici, tout est fait pour être en harmonie avec la nature et être écoresponsable. Les principaux matériaux de construction sont le bois et la pierre, on évite les longues douches et on réduit au maximum les déchets. Cela signifie aussi que l’on évite d’utiliser du papier toilette mais qu’on préfère utiliser un bum-gun (petit pistolet à jet d’eau, version plus « portable » du bidet) à la place.

Il faut dire qu’en Asie du Sud-Est, de ce que j’ai pu constaté jusqu’à présent, il est commun de brûler ses déchets, car les services de collecte de déchets n’existent pas vraiment en dehors des villes (et ne sont d’ailleurs pas toujours très efficaces dans celles-ci).

 

Sur les routes de la région de Kampot

A Ganesha, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est loin d’être dérangés par les voisins (sauf un matin, à 6h, où des chants khmers ont retenti). En effet, pour arriver à Ganesha, j’ai pris mon premier tuk tuk, ces taxis-motos qui tirent une sorte de remorque qui peut accueillir jusqu’à 4 personnes. Et je peux vous dire que c’était un trajet… mouvementé. La route couleur terre – caractéristique des alentours de la ville de Kampot – devient de plus en plus bosselée au fur et à mesure que l’on s’approche. Je me demande même si cette route est faite pour un tuk tuk, mais pour le conducteur, cela semble être de la routine !

Ce qui devient plus corsé, c’est lorsque je suis sur mon scooter. La route est plutôt facile lorsque celle-ci est sèche. La nuit, on fait plus attention et ça n’est pas très compliqué non plus. Mais lorsqu’il a plu alors que l’on était en excursion la journée, c’est une toute autre histoire. La terre devient boue, les trous dans la route deviennent mares d’eau brune et on n’a plus aucune adhérence. On se retrouve à avancer tant bien que mal à pieds (mais toujours en poussant le scooter !) dans la gadoue, les tongs collées au sol comme des ventouses.

Ces excursions ne sont pas sans avoir provoqué des rires voire fous rires, en particulier lorsque je rejoins un soir le couple de suédois dans un restaurant chic de Kampot (Heang Raksmey), les pieds plein de boue, et que je demande s’ils n’ont pas un tuyau pour me les nettoyer !

J’ai également eu l’occasion lors de mes virées de prendre des chemins de quelques centimètres de large en scooter, où je n’ai pas tout le temps fait le malin !

 

Une cuisine unique autour du poivre de Kampot

Le nom « Kampot » vous dit peut-être quelque chose, et cela serait compréhensible, car le poivre de Kampot est un des meilleurs du monde ! Pourquoi ? D’après les habitants, ce sont les minéraux du sol qui permettent de lui donner un telle saveur.

Avant de le goûter, je n’avais pas trop d’attentes : comment du poivre pourrait-il est particulièrement bon ? Mais le soir même de mon arrivée à Kampot, j’ai commandé un lok lak au bœuf dans un restaurant khmer (un sauté de bœuf avec des tomates, oignons, poivrons et salade) et on me sert avec cela une petite sauce au poivre (de Kampot) et du citron vert. Je verse et presse ces derniers et dès la première bouchée, la magie a opéré !

Des plantations de poivre (et de mangues) sont facilement accessibles depuis la ville. Ce fut l’occasion d’en apprendre plus sur ce poivre rouge, noir ou blanc.

On retrouve ce poivre au centre de beaucoup de plats des restaurants de Kampot. Que ce soit le chef français du restaurant Green House ou dans les cuisines de l’excellent restaurant khmer Heang Raksmey, tout le monde utilise le poivre de Kampot qui est protégé par un équivalent de notre Appellation d’Origine Contrôlée (AOP).

Mais l’expérience gustative dont je me souviendrai le plus restera le crabe de Keb. À une heure de Kampot, Keb est une autre petite ville connue principalement pour son marché aux crabes. Ici, les crabes sont vendus au kilo. Une fois la quantité fixée, les marchands vont chercher les crabes qu’ils gardent dans des cages qui flottent dans la mer. Ils les tuent puis les préparent avec de l’ail, de la sauce et – bien sûr – du poivre de Kampot. Le tout est vraiment délicieux, si l’on parvient à atteindre la chair du crabe avec ses mains et ses dents !

 

Des virées en pleine nature

Depuis la ville de Kampot, il est facile d’aller voir plusieurs sites touristiques :

 

Le parc national de Bokor

Ce parc national situé sur le haut d’une colline peut à la fois ravir ses visiteurs et faire froid dans le dos.

La route pour y aller est magnifique et les cascades de Popokvil sont jolies. Le temple de Wat Sampov Pram et d’autres points d’observation sont propices à la contemplation. D’ailleurs, assis sur le bord de la falaise, les jambes pendant dans le vide, j’ai tellement été pris dans l’observation du paysage et des oiseaux qui volaient sous moi que je n’ai même pas pensé à prendre la photo des moines qui étaient venus, dans leur robes oranges, profiter du coucher de soleil dans la verdure du bord de la falaise. Néanmoins, cela reste l’image de Bokor que je garde en tête !

Si le froid et le brouillard donnent une ambiance particulière à l’endroit, ils peuvent aussi contribuer à faire frissonner lorsque l’on arrive dans une sorte de ville fantôme en haut de la colline. Une église abandonnée (avec un certain charme, même si tout le monde n’est pas du même avis que moi), un ancien casino désert en cours de rénovation et d’autres bâtiments, tous plus laids les uns que les autres, qui font l’objet d’un projet de développement de casinos et grands hôtels. Cela casse un peu l’ambiance de l’endroit, dommage !

 

La cave de Phnom Chnork

La cave de Phnom Chnork a très certainement été la meilleure surprise de ce séjour. Il s’agit d’une cave calcaire qui séduit surtout grâce à ceux que j’appelle les « Enfants de la cave ». Ces écoliers à l’anglais parfait sont présents le weekend seulement et se réjouissent de nous montrer les chemins et secrets de la grotte. Grâce à eux, on a découvert des passages secrets, escaladé les formations rocheuses à l’extérieur de la cave et vu des dizaines de singes et chauves-souris ! Je suis convaincu que l’on aurait loupé au moins la moitié des richesses de la cave sans ces enfants. De plus, cachés dans l’ombre, ils se délectent à nous faire peur en imitant le bruit des chauves-souris ou en nous agrippant les chevilles comme un serpent.

 

 

Koh Rong Samloem

Après Kampot, aller sur une des îles paradisiaques du Sud du Cambodge est presque naturel. Ceux qui cherchent à faire la fête vont aller à Koh Rong, ceux qui veulent être plus tranquilles le soir vont aller à Koh Rong Samloem et ceux qui veulent s’isoler totalement vont aller à Koh Ta Kiev. Quoi qu’il en soit, il y aura toujours de belles plages et du plancton bioluminescent la nuit.

Le plancton bioluminescent est un plancton qui s’illumine et scintille lorsque l’eau est en mouvement. Ainsi, en nageant dans l’eau, on fait apparaître des sortes d’étincelles argentées, un petit peu comme dans L’Odyssée de Pi (en moins intense tout de même !).

Pour ma part, j’ai choisi le mini-village de M’Pai Bai sur Koh Rong Samloem et j’ai adoré ! Ici, pas de WiFi et pas de route. Il y a juste une plage et une autre accessible via une petite randonnée de 45 minutes dans la mer et dans la jungle. La plupart du temps, on profite du sable blanc la journée, mais j’ai également participé à une fête organisée par des parents cambodgiens pour le premier mois de leur nourrisson (je garderai toujours en tête cette danse sur une musique électronique cambodgienne basée sur les cris de canards).

 

 

Finalement, après en avoir appris énormément sur les atrocités des Khmers Rouges dans les très bons musées de Phnom Penh, capitale cambodgienne, un arrêt à Kampot était nécessaire et revitalisant !