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Medellin, ville dynamique de Colombie, a été l’occasion de me poser pendant deux mois afin d’apprendre l’espagnol, d’avoir des échanges culturels et de m’installer dans une certaine routine.

 

Un jour à Medellin

Je mange tranquillement mes céréales alors qu’un des cinq chats de l’appartement essaye comme chaque matin de boire le lait de mon bol. Son surnom, « Gordita » (Petite grosse), ne m’étonne plus, à présent.

Je vis depuis environ deux semaines chez un couple de jeunes colombiens, la sœur de la femme et leurs cinq chats. Ici, je me sens un peu comme en colocation. Avec ce couple, on s’échange fréquemment les dernières animations et activités tendances de la ville.

Je finis mon petit-déjeuner, récupère mon petit sac-à-dos et commence ma marche habituelle à travers les rues du Poblado, quartier animé de Medellin.

J’arrive, avec les 3 minutes de retard habituelles, à l’école d’espagnol TOTAL SPANISH. Je lance un rapide « ¡ Hola ! » à Sarah et Cindy, respectivement secrétaire et directrice de l’école, avant de monter dans le salon où sont déjà installés Jelmer, Eric et Diana.

Jelmer est ingénieur marin hollandais de 35 ans souhaitant s’installer en Colombie après y avoir vécu de nombreux mois. Eric, lui, est un ancien avocat d’Albuquerque (USA) aujourd’hui à la retraite.

Quant à Diana, elle est ma professeure d’espagnol depuis le début. Avec elle, j’ai appris tous les temps possibles et imaginables. Nous avons commencé par le passé simple, le passé composé, l’imparfait et le plus-que-parfait, avant d’étudier le futur simple, le futur proche et le futur antérieur. Le conditionnel et l’impératif ont ensuite permis de faire une introduction au sujet de cette semaine : le subjonctif.

 

Un autre objectif de voyage : l’espagnol

Apprendre l’espagnol est un autre de mes grands objectifs de voyage. J’avais certes pris quelques cours d’espagnol il y a 6 ans lorsque j’étudiais, mais mon niveau était loin d’être suffisant pour communiquer avec qui que ce soit. Il y a encore 5 mois, j’avais un vocabulaire très basique et je pouvais conjuguer plus ou moins bien les verbes au présent, mais cela s’arrêtait là. Je n’avais aucun « liant », aucune possibilité de parler d’un sujet personnel. Bref, mon passage en Amérique du Sud pouvait être bien meilleur si j’apprenais correctement la langue espagnole !

Ainsi, j’avais commencé à préparer mon arrivée en Amérique du Sud depuis le Népal. Durant mon trek de deux semaines m’amenant à mon premier sommet alpin, un petit livre d’espagnol m’accompagnait pour apprendre le vocabulaire de base dans différentes situations : se présenter, à hôtel, à l’aéroport, au restaurant, chez le docteur, etc. Chaque soir, je lisais une ou deux pages de ce manuel destiné aux débutants afin d’enrichir un peu plus mon vocabulaire.

En Nouvelle-Zélande, durant les trajets en voiture, pendant certaines petites randonnées ou le soir avant de me coucher, j’écoutais les épisodes du podcast Coffee Break Spanish. Les épisodes de 20 minutes permettent de progresser lentement en espagnol tout en écoutant (et répétant) la prononciation. De même, j’ai regardé la série La casa de papel en espagnol (sous-titré en français) afin que mon oreille se fasse petit à petit à l’accent et aux mots espagnols.

Puis à Tahiti, j’ai eu l’idée de lire les premiers chapitres d’Harry Potter y la piedra filosofal. Lorsque j’avais 12 ans, ne pouvant pas attendre la sortie du 6ème tome de la saga du sorcier à lunettes, j’avais alors appris l’anglais en lisant le roman à l’aide d’un dictionnaire. J’ai donc naturellement pensé à ré-utiliser cette technique pour apprendre l’espagnol. Ainsi, sur la terrasse de Moorea, j’ai passé de nombreuses soirées à lire le premier tome en espagnol. Je me rappelle avoir eu besoin de plus de 5h pour lire les deux premières pages du livre avec mon dictionnaire à côté, mais je n’étais pas pressé : je connaissais l’histoire et le but était de progresser. Ainsi, à chaque expression nouvelle, je vérifiais le vocabulaire, les temps et la grammaire. À la fin du premier chapitre, je lisais déjà plus linéairement, sans absolument tout vérifier car j’avais déjà acquis certaines bases.

Toujours à Tahiti, j’ai regardé la série Extr@ destinée aux étudiants (cette fois-ci avec les sous-titres en espagnol). Dialogues (très) distincts, situations comiques et vocabulaire usuel, je pouvais à la fin des 13 épisodes ne plus lire les sous-titres.

 

Arrivée sur l’île de Pâques

Mon premier test d’espagnol était sans aucun doute lorsque je suis arrivé sur l’île de Pâques. Dès l’embarquement dans l’avion, j’étais confronté à un monde qui parlait espagnol par défaut. C’était parti pour l’immersion et le tout est comme un jeu pour moi. Je m’amuse à lire l’ensemble des pancartes en espagnol pour apprendre de nouveaux mots, ce qui m’a fait passer 4h dans un musée qui se visite en général en 45 minutes. Je force un peu les conversations pour pouvoir pratiquer et me mettre à l’épreuve. Ça a commencé par le gérant de l’auberge de jeunesse dans laquelle je dormais, puis ça a continué naturellement avec les serveurs, une coiffeuse, les gardes des sites archéologiques et chaque matin avec la petite grand-mère qui tenait le café dans lequel je prenais mon petit-déjeuner chaque matin. De plus, j’ai été invité chez une personne résidente de l’île dès le second soir, et même si la discussion était très lente et m’a épuisé, il y avait une certitude : je pouvais me débrouiller.

Il y a une règle que je me suis imposée depuis le début : ne jamais utiliser de dictionnaire au milieu d’une conversation, sauf en cas de nécessité absolue. Les explications par d’autres mots me font progresser et les mimes peuvent me mener loin !

Après l’île de Pâques, un petit détour par le Chili pour rendre visite à une amie m’a permis de vivre ma première fête en espagnol. J’ai également essayé de cuisiner un leche asada à partir de la recette qu’une grand-mère m’avait envoyée par message audio. Pas facile, je vous l’assure !

 

Retour à Medellin

Comme chaque matin, Diana commence la classe en nous demandant ce que l’on a fait la veille et nos plans pour la journée alors que Jelmer ouvre le sac de pâtisseries qu’il partage avec tout le monde. 5 minutes plus tard, Janet, colombienne fan de poésie du dix-huitième siècle, vient nous apporter cafés et thés. Dès le deuxième jour, elle se souvenait de mes préférences : café à 9h, thé à 11h puis café de nouveau à 14h. Cela peut sembler anodin mais j’appréciais énormément ces petites attentions.

Aujourd’hui, Diana nous a préparé un article du journal El Espectador sur une réforme des taxes que le nouveau gouvernement souhaite mettre en place. C’est l’occasion de le lire, de débattre et d’en apprendre plus sur la Colombie : salaire moyen, dépenses communes, fonctionnement de la TVA, de l’impôt sur le revenu, etc.

Les cours sont toujours structurés, utiles et ludiques : débats, jeux, exposés, courts-métrages, chansons, articles de journal, exercices de conjugaison et leçons de grammaire, rien n’est trop ennuyeux ni trop ludique.

À la pause de 11h, on se retrouve dans le hall d’accueil et c’est ici l’occasion de parler avec les autres élèves et professeurs. La plupart du temps, même entre élèves, on parle espagnol. Aujourd’hui, on a le droit à une dégustation de fruits colombiens : lulo, mamoncillo, uchuva, fruit de la passion, granadilla et pitaya ! Les professeurs commencent à me connaître et me proposent de finir ce qu’il reste en fruits. Je dévore les granadillas et les pitayas. Ces fruits sont délicieux !

La semaine dernière, nous avions eu droit à une dégustation de nourriture colombienne, puis celle qui suivra, ce sera une dégustation de jus et boissons colombiennes.

C’est reparti pour le cours. Cette fois-ci, on travaille sur l’imparfait du subjonctif. Depuis le début de la semaine, Diana nous explique progressivement les règles de formation du temps, ses usages et de la concordance des temps. Rien de bien compliqué en théorie, mais le subjonctif est une nouvelle manière de penser pour la plupart des élèves de l’école. Même pour les français, les usages et la multitude des temps du subjonctif peuvent sembler trop complexes en pratique. Cependant, tout fait sens après un peu de pratique et je prends conscience de tous ces temps de la langue française qui sont aujourd’hui oubliés. Le passé simple de l’indicatif, l’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif ? Jamais nous ne les utilisons à l’oral. Qui aujourd’hui dirait « Hier, je ne crus pas qu’ils eussent mangé avant d’arriver au bar » ?

La classe se termine à 13h et avec d’autres élèves, nous allons manger dans un restaurant à côté de l’école. Le classique Combo 1 pour nous, qui contient un délicieux risotto aux champignons. Les serveurs nous reconnaissent à présent : nous venons au moins deux fois par semaine ici. Le mardi, cependant, c’est la promotion dans un autre restaurant sur les fajitas : on ne ne peut pas la louper !

On se dépêche et ceux qui ont classe à 14h retournent rapidement à l’école. Pour ma part, j’ai deux heures de cours particuliers avec Oscar. Je sais ce qui m’attend. Nous commencerons par parler un peu de ce que nous avons vu en classe en groupe. La plupart du temps, j’essayerai de trouver des exemples et des usages compliqués des temps. Puis Oscar mettra une liste de verbes au tableau et je devrais former des phrases avec ces verbes dans la plupart des temps du subjonctif. Si je ne connais pas le verbe, Oscar m’aidera à le comprendre en me donnant une situation dans laquelle le verbe peut être utilisé. Souvent, il me corrigera sur ma prononciation. À chaque verbe, il est probable que nous déviions sur des mots dérivés, des mots dont j’ai besoin pour former les phrases ou pour expliquer dans quel contexte ces phrases seraient vraies, etc. Oscar est cultivé et partage souvent des références littéraires ou cinématographiques. Bref, ici aussi, la classe est passionnante et passe très rapidement.

 

Puis arrive 16h. Aujourd’hui, je vais me poser sur la terrasse du café Pergamino à côté de l’école pour faire mes devoirs pour le lendemain. Oui oui, il arrive que j’aie des devoirs ! Puis à 17h, Diana, ma professeure du matin, me rejoint. À présent, les rôles s’inversent et c’est moi qui lui donne une leçon de français. En effet, elle partira dans un mois en Europe pour la première fois et aimerait connaître quelques phrases pour se débrouiller à Paris. Ainsi, pendant une heure, on s’amuse à former des petites phrases pratiques et on rigole de la prononciation difficile et parfois gutturale du français.

Puis je rencontre Ana, une amie vénézuélienne que j’ai connue dans le cadre d’un échange de langues et culturel à Medellin. On va manger dans un restaurant de sushis et nous discutons toute la soirée. Entre jeux, rigolades sur mes erreurs d’espagnol et explications sur nos familles, nos pays et nos cultures respectives, on n’a pas le temps de s’ennuyer et il est déjà minuit. Il est temps de rentrer, de parler un peu avec le couple de colombiens de mon appartement et d’aller se coucher après une journée bien chargée, car demain, tout recommence avec de nouvelles activités dans la classe en groupe, un autre combo au restaurant, de nouveaux verbes dans la classe d’Oscar et de nouvelles conversations avec mes amis vénézuéliens.

 

Les langues, vecteurs de culture

Jusqu’à présent, dans chaque pays où j’allais, j’apprenais dans les premiers jours comment dire « Bonjour », « Merci », « Au revoir » et quelques autres expressions de base. C’est la première fois depuis le début de mon voyage que j’ai appris une langue d’un pays et l’expérience de vie est totalement différente.

J’avais prévu de visiter plus de pays en Amérique du Sud, mais l’apprentissage correct de la langue demandait une implication plus grande que prévue. En venant à Medellin, je me suis créé une nouvelle routine et j’ai développé des amitiés et relations plus profondes avec les personnes que depuis le début de mon voyage.

Les personnes de Medellin m’ont fait changer mes objectifs : je ne souhaitais plus apprendre l’espagnol pour me débrouiller, mais je souhaitais parler un bon espagnol pour pouvoir communiquer comme je pourrais communiquer avec des amis en français ou en anglais. La langue m’a ainsi permis de m’approcher de la vie quotidienne des personnes, de découvrir plus de leurs pensées et de leur culture. Je ne voyais ou ne constatais plus les choses, j’y prenais part.

Tout cela m’a permis de faire de nombreux échanges culturels. Tout d’abord, avec le groupe de vénézuéliens que j’ai connu grâce à Ana. Ana m’a présenté à ses amis de Medellin et ensemble, nous avons fait une soirée crêpes et arepas (des galettes faites à base de farine de maïs dans lesquels on peut ajouter de nombreux ingrédients). Les filles d’une amie d’Ana, Alba, ont adoré les crêpes, tellement qu’elles avaient du chocolat partout sur le visage ! Un autre jour, j’échangeais avec Alba en anglais car elle souhaitait s’améliorer et préparer un entretien pour un poste où l’anglais était exigé. Une soirée avec Gerwin, autre vénézuélien, m’a permis de connaître un peu son enfance, et un après-midi, avec Ana et Marbelys, nous échangions sur les types de baisers en Colombie, en France et au Vénézuela (à les écouter, le latazo vénézuélien est le baiser le plus passionné du monde !).

Avec le personnel de l’école et d’autres élèves, nous commençons à nous voir en dehors de l’école. Il faut dire la force de cette dernière, c’est sans aucun doute sa taille et les personnes qui y travaillent. Ne souhaitant pas aller dans d’autres établissements qui me semblaient un peu trop bien marketés pour qu’ils ne soient pas des machines à sous, j’ai découvert l’école en marchant dans la rue et l’énergie de Cindy, la directrice, m’a tout de suite plu. Le lendemain, je m’étais inscrit pour ma première semaine de cours et je n’ai pas regretté. À l’école, tout le monde est authentique. Je savais qu’un cours avec Elisabeth serait drôle pour nous deux avant de passer la porte et que j’allais également bien parler dans un cours avec Juliana. Au match de foot Nacional – Tucumán, Cindy et Astrid (une professeure aussi) étaient réellement contentes d’être ici, et avec Diana, elles se sont vraiment amusées lors d’une soirée où nous avons dansé de 22h à 4h du matin. Même en dehors de ces activités organisées par l’école pour les étudiants, je retrouve les mêmes personnes. Les leçons de français avec Diana, les fous-rires incontrôlables lors d’une soirée glaces + hamburgers avec Astrid, Joseph et Haruto (deux élèves respectivement d’Angleterre et du Japon), le concours de cuisine italienne avec Monica (professeure et sœur de Diana), les sorties à la meilleure pizzeria de Medellin, Zorba, et à Bogota Beer Company avec Sandra (professeure) et Joseph : tout me semble le plus naturel du monde. Tellement naturel qu’une soirée d’au revoir s’est organisée spontanément avec Joseph, Diana, Astrid et Monica et qu’avec Joseph et Sandra, nous sommes allés célébrer à Cartagena l’anniversaire de Paul, un des amis d’Astrid que nous connaissions.

Toutes ces discussions et ces moments m’enrichissent. J’apprends différemment, et je m’exprime différemment. Ce n’est pas une surprise pour ceux qui me connaissent : j’aime les langues, car elles sont un moyen de penser d’une nouvelle manière et de construire des relations autrement impossibles.

 

 

Salsa, reggaeton et karaokés

La scène me semble se répéter chaque semaine. Je me retrouve toujours, à un moment dans la semaine, à essayer de faire quelques pas de salsa : au milieu d’un bar de salsa (ou d’un bar où nous ne sommes pas censés danser aussi, d’ailleurs), dans un cours gratuit surpeuplé, dans un appartement ou lors d’un concert dans un parc à Santa Elena. Ça n’est pas facile, mais avec les bonnes personnes, je m’amuse. Avec Marloes, étudiante hollandaise, on essaye de faire des tours en rythme… Un dos tres… Cinco Seis Siete. Mince, on s’est loupé encore une fois. Pas de soucis. Un dos tres… Cinco Seis Siete. Un couple de colombiens vient nous aider et nous montre de nouveaux pas. Ils sont contents de nous voir essayer et rigolent avec nous. À côté, le chanteur a posé son micro et se balade un peu partout en jouant comme un fou de son instrument, le güiro. Il le passe à Joseph qui n’en avait jamais joué alors qu’il montre à d’autres personnes des pas complexes.

Puis, parfois, ça n’est pas la salsa que nous dansons, mais le reggaeton. Dans ce cas, cela n’a rien à voir. Beaucoup moins technique, c’est plus facile et c’est plus inclusif comme danse. On bouge, on rigole, il n’y a pas de règles prédéfinies. Certains choisissent de la danser sensuellement, d’autres en rigolant. Peu importe, l’important ici est de passer un bon moment.

La musique hispanophone est un nouveau type de musique pour moi, mais seulement après une semaine à Medellin, je commençais déjà à faire un karaoké à l’anniversaire d’Ana. Bien que très difficile (j’essayais quand même, que ce soit sur des chansons lentes ou du rap espagnol), j’ai pu remarqué mes progrès entre l’anniversaire d’Ana et le karaoké lors du concours de cuisine italienne. Non, je ne me suis pas amélioré en chant, mais seulement à pouvoir lire les paroles plus rapidement !

 

Mon séjour à Medellin était superbe, et je suis heureux d’être resté dans cette ville pour fêter mon anniversaire, car je me sentais vraiment bien avec l’ensemble des personnes ici. Il me restera de ce passage un recueil de nouvelles, de beaux souvenirs et – par-dessus tout – une grande envie de revenir.