Récit d’une réelle expédition de 8 jours pour traverser à pied, du Nord-Est au Sud-Ouest, les 213 kilomètres du désert de Lut en Iran.

 

Une tortue, deux tortues, trois tortues…

Je vois des tortues, je les vois partout. Et j’arbore un énorme sourire, un de ces sourires que l’on ne peut contenir ni cacher. Je n’ai d’ailleurs aucune envie de le cacher. Au contraire, j’ai envie de le partager. Je me retourne vers deux de mes compagnons de marche et je ris. Je leur annonce que je vois des tortues. Eux ne les vois pas mais commencent à rire avec moi. Nous continuons à marcher sur ces vagues de sable, sous les 42 degrés que l’omniprésent soleil nous impose cet après-midi, et moi, je vois toujours plus de tortues.

Une tortue est particulièrement énorme. Elle fait 50 mètres de haut – au moins ! – et baisse la tête. Elle doit être en train de manger quelque chose. Un peu plus loin, il y a tout un groupe de tortues de taille normale qui restent immobiles. Elles profitent du soleil. Deux autres de taille moyenne, un peu difformes, se regardent dans les yeux. Elles sont sûrement amoureuses puisqu’elle ne se lâchent pas du regard, mais ni l’une, ni l’autre n’ose faire un pas en avant.

Non, le soleil ne m’a pas tapé sur la tête et je suis conscient qu’elles n’existent pas. Tout cela n’est que le produit de mon imagination, mais je ne peux m’empêcher de les voir partout. Lorsque je partage cela avec un britannique qui fait partie de l’expédition, il sourit et me dit qu’il voit plutôt l’aileron de requin dans la formation rocheuse sur notre droite. Et puis maintenant que l’on y pense, le kalut un plus loin sur la gauche du chemin imaginaire que nous traçons ressemble étrangement à une église.

Ce jeu de l’esprit m’occupera dans mes moments de silence et de contemplation. Le lendemain, lors du repas de midi, c’est un vrai zoo qui s’animait au ralenti autour de moi. Je verrai un lion qui pleure toutes les larmes de son corps, un hippopotame qui se baigne, la tête d’un éléphant qui barrit, un crocodile qui tourne en rond et une baleine qui émerge de l’eau, la bouche grande ouverte.

Nous sommes au milieu du désert depuis déjà 6 jours et la fatigue commence à se faire ressentir. Deux de mes dix compagnons de marche de départ ne marchent pas cet après-midi, car l’un est tombé malade et l’autre a trop d’ampoules pour marcher sans douleurs intenses. Les ampoules se sont répandues rapidement dans le groupe, mais je ne me porte pas trop mal. Ce qui me gêne, c’est plutôt mon tendon du pied droit qui semble s’étendre à chaque pas et qui me fait claudiquer.

Mais peu importe, je continue car le paysage est incroyable et semble tout droit sorti d’un jeu vidéo. Mais plus important encore, je continue sans répit car cette expédition est un défi personnel que j’ai commencé à préparer il y a 6 mois, juste après l’ascension de l’Island Peak, au Népal.

 

Nouveau défi, nouveau terrain de jeu

Dans cette aventure, pas de sommet de montagne, pas chalet, pas de neige, pas de yak. À vrai dire, pas grand chose, parce que je suis dans le désert. Plus précisément, le désert de Lut en Iran (Dasht-e-Lut, qui signifie littéralement « désert du vide » en Farsi). C’est un des endroits les plus chauds au monde, avec la température la plus haute jamais mesurée par la NASA (70.7 °C).

Au programme : la traversée du Nord-Est au Sud-Ouest de ce désert, c’est-à-dire environ 220 km de dunes de sable, de plaines caillouteuses et de kaluts. Si l’objectif est simple, l’atteindre est moins facile. Certes, nous n’avons pas de crevasse à traverser ni de manque d’oxygène, mais la chaleur peut être difficile à supporter, voire fatale. Les tempêtes de sable peuvent nous bloquer dans le désert pendant plusieurs jours et les ampoules aux pieds, dues à la diversité des terrains, est un risque important qui peut nous empêcher de continuer. L’expédition est un exercice d’endurance qui s’étend sur 8 jours, 9 si nous utilisons le jour de contingence. On peut compter sur les doigts de la main le nombre de fois où cette expédition a été réalisée.

3 voitures sont toujours dans les parages, hors de notre champ de vision à une dizaine de kilomètres de nous, afin de pouvoir les contacter par talkie-walkie en cas de pépin. De plus, nous possédons plusieurs équipements satellite pour pouvoir appeler de l’aide extérieure, si besoin. L’ensemble des membres de l’expédition ont été brièvement formés à utiliser ces équipements, même si la plupart savait déjà les utiliser.

 

Des coéquipiers d’expérience

En effet, je ne suis pas entouré de n’importe qui. Mes coéquipiers sont réellement des personnes expérimentées en aventures.

Tout d’abord, les 4 iraniens avec qui nous sommes connaissent le désert comme leur poche, mais aussi l’ensemble des étendues naturelles de l’Iran ainsi que quelques déserts en Oman. Il s’agit de 3 frères et sœurs et d’un ami de la famille. Plusieurs sont vendeurs de tapis, une est coach de tennis et employée dans une entreprise de pétrole, mais rien ne leur plaît plus que de parcourir les déserts ou les montagnes ! Le grand frère, Mehrdad, a été le premier à prendre sa voiture pour explorer le désert de Lut peu connu il y a encore 20 ans. 3 iraniens conduisent les 4×4, cuisinent, repèrent les endroits pour poser camp et préviennent des dangers environnants alors que le 4ème, Mehdi, marche avec les 9 autres personnes.

Ces 9 autres personnes sont bien différentes les unes des autres en termes d’âge (de 26 ans à plus de 55 ans) et de nationalité (britannique, allemande, canadienne, française). Nous avons une tradeuse, un agent immobilier, un programmeur, un ingénieur en climatisation, une guide internationale, un consultant en assurances internationales, une RH, une coach personnelle en méditation et développement personnel et moi-même.

Mais une chose nous unissait tous : le goût de l’aventure. 

Et je dois avouer que j’ai été époustouflé par les récits des expériences de chacun. Les 250 km du marathon des sables au Maroc. Le marathon de Pyongyang en Corée du Nord. La traversée du désert de Bayuda, au Soudan (en chameau et à pied). Le camino de Santiago en entier, plusieurs fois. Près de la moitié du groupe avait déjà traversé le corridor du Wakhan, une région montagneuse en Afghanistan qui permet de rejoindre la Chine. D’autres ont grimpé seuls, sans guide, l’Aconcagua en Argentine (6 960 m). En termes d’alpinisme, tout le monde avait sa petite (ou grande) expérience : certains s’entraînent dans les Alpes tous les weekends, plusieurs ont fait l’Island Peak (6 189 m) et la guide internationale a atteint le pic Lénine (7,134m) au Kirghizistan et a gravi des sommets de plus de 6 000 m qui n’avaient jamais été escaladés ! L’une avait également fait le Snowman trek, au Bhoutan, un des treks les plus beaux de l’Himalaya, et plusieurs ont déjà atteint le camp de base du K2, au Pakistan. Un autre a initié les premières expéditions touristiques en Afghanistan post-guerre. En République Démocratique du Congo, un dernier a traversé la jungle pour aller voir des gorilles dans leur habitat naturel avant d’aller escalader des sommets au Nord du pays. Les histoires de celui-ci étaient passionnantes ; les plus captivantes étaient sans nul doute celle de la traversée de l’Antarctique jusqu’au Pôle Sud et celle des 3 semaines de ski de fond pour atteindre le Pôle Nord.

 

La traversée du désert

Les dunes de sable

Nous sommes aujourd’hui à la veille du début de l’expédition, les tentes sont posées sur le sable qui se refroidit petit à petit avec la nuit qui tombe. Mehrdad a sorti une énorme carte satellite du désert de Lut et, à la lueur du feu de camp, il nous explique l’itinéraire général du trek, avec un focus particulier sur les trois premiers jours dans les dunes de sable. L’idée est de s’enfoncer progressivement dans les dunes de sable en continuant au Sud puis de sortir de ces dernières à l’Ouest. Il nous parle un peu de la faune qui peut exister dans ce désert et des risques, sans trop détailler le tout non plus : nous verrons bien comment ça se passe. Assez rapidement, il est temps d’aller se coucher car demain, nous nous levons à 4h du matin.

La première nuit en tente n’est pas la plus facile. Entre l’excitation du début de l’expédition, le vent qui souffle et le bruit des ronflements de certains de mes coéquipiers, je dors peu. Mais l’énergie ne me manque pas au petit déjeuner, à 5h du matin. Pain persan, fromage, confiture de carottes et confiture de cerises aigres, miel, œufs brouillés, thé et café. Chacun finit de manger, fait son sac et range sa tente ; il est bientôt 6h. Pour accueillir le lever du soleil et commencer la marche, nous avons chacun 3L d’eau, chapeau, casquette, lunettes de soleil et crème solaire sur tous les bouts de peau exposés. Nous suivons les traces de pas de Mehdi qui sont bien marquées sur la plaine de sable. Très vite, nous commençons à traverser les dunes et le terrain nous ralentit forcément. Celles-ci sont d’environ 100 mètres de hauteur et une fois arrivé en haut, on continue sur les arrêtes ou l’on redescend directement.

Nous nous arrêtons après plusieurs heures de marche lorsque nous arrivons là où les voitures se sont arrêtées, sur une étendue de sable. Dès que nous avons tous enlevé chaussures et chaussettes, nous commençons à manger – à l’ombre d’une toile tendue – le repas déjà préparé. Le silence se fait, puis une fois le déjeuner fini, nous nous reposons une dizaine de minutes avant de se recharger en eau, de se rechausser et de repartir conquérir les dunes.

Cet après-midi, après avoir passés plusieurs arbres morts, nous tombons sur quelques spécimens vivants au milieu de nul part. Je me demande comment ils peuvent survivre dans un tel climat.  Je dois rappeler tout de même que nous sommes en hiver. Aujourd’hui, il doit faire seulement 32-33 degrés car nous avons quelques nuages. Alors je vous laisse imaginer l’hostilité de cet environnement en été, ce qui ajoute à ma surprise de voir ces arbres ici, certes peu nombreux. Plus loin, nous verrons même des traces de pas de chameaux, ainsi que quelques libellules, petits oiseaux et corbeaux.

Sans m’en rendre compte, il est déjà 16h et nous sommes arrivés au camp où nous allons dormir. On se pose directement sur les tapis et on boit du thé en faisant quelques étirements. Puis, comme la lumière du jour commence déjà à faiblir, nous montons nos tentes et procédons à notre toilette plus ou moins rudimentaire à base de lingettes humides. Mais j’ai à peine fini que Mehrdad crie déjà « Dinner’s ready! ». Je sors de ma tente dans le noir. Il est seulement 17h passés. Nous mangeons plus tranquillement qu’à midi, puis la plupart du groupe va se coucher. Je souhaite rester un peu pour discuter avec les iraniens qui fument une chicha, puis après avoir écris mon journal, je retourne dans ma tente pour dormir. Cette fois-ci, je m’endors en quelques minutes.

À vrai dire, jusqu’à la fin de l’expédition, je n’aurai absolument aucun problème à dormir car chaque jour, la fatigue se renforcera. Les deux prochaines journées sont toujours dans les dunes de sable, mais à chaque demi-journée, les couleurs et les paysages changent. Parfois, nous marchons sur de gigantesques étendues de sable, alors que deux heures plus tard, nous traversons dunes après dunes. Nous sommes en permanence entourés de ces montagnes mouvantes formées de fins grains de sable qui s’envolent sous le souffle du vent pour aller créer une nouvelle dune juste à côté. Le désert se renouvelle ainsi presque constamment et chaque pas que nous faisons est sûrement le premier qu’un homme pose à cet endroit.

Dès le deuxième jour, nous voyons moins de vie, si ce n’est les deux corbeaux qui nous suivent pour manger les miettes de notre pain persan. Nous voyons cependant tous les jours des traces de pas de chameaux et de temps à autres de lézards. Nous avons même repéré une trace de serpent.

Puis nous arrivons à la fin de la deuxième journée dans les méga-dunes, qui atteignent jusqu’à 500 mètres de hauteur. Lorsque l’on grimpe les dunes, nous avons la surprise à chaque pas de s’enfoncer un peu, beaucoup ou pas du tout dans le sable. C’était déjà certes le cas auparavant, mais ici, tout est plus intense et même sur des terrains qui nous semblaient homogènes. Les descentes de dunes qui étaient déjà funs en temps normal deviennent un moment de pur bonheur car la pente est plus abrupte, je m’enfonce plus dans la lente avalanche de sable, créant un effet de slow motion même lorsque je dévale ces dunes comme un fou avec la tradeuse.

Ces petits pics de folie me font oublier la fatigue et les douleurs. Les conversations avec mes compagnons, en apprenant à se connaître les uns les autres, et les moments de pure contemplation de l’environnement autour de nous m’aident également énormément. Les dunes à l’infini sont déjà magnifiques, mais les filets de sable qui serpentent à la surface des dunes et tourbillonnent à la rencontre des vents sont encore plus captivants, envoûtants et inspirants.

Les plaines caillouteuses

À la fin du troisième jour, nous sortons des dunes de sable et apercevons au loin la montagne Malek Mohammad. Cette montagne, au milieu du désert de Lut, sera un repère pour les prochains jours. Nous posons le camp le soir à l’abri du vent et nous commençons, le lendemain, à traverser une plaine caillouteuse. Elle n’est pas facile, pas facile du tout. Car si nous avions un environnement d’apparence irréelle à contempler dans les dunes de sable, il n’y a rien de similaire ici. Tout autour de nous est gris et lever les yeux ne nous montre qu’un horizon de pierres et de cailloux. J’ai l’impression que cette plaine n’en finira jamais. Alors je me focalise sur le sol et commence à chercher des fragments de météorites, car Mehrdad nous a prévenu qu’il y en a beaucoup dans le coin. Je vérifie toutes les pierres qui correspondent à la description que j’ai eue et les teste une à une avec un aimant. Hélas, certaines ne sont que du fer, je le sais. Alors j’en ramasse plusieurs dans l’espoir que ce soient de vraies météorites. Je ramasse également avec d’autres de mes coéquipiers de jolies pierres : vertes émeraude, bleues, beiges, pourpres, blanches. Mais mon réel intérêt est dans les météorites. Pensons-y un peu ! Ces fragments viennent directement de l’espace, ont traversé l’atmosphère terrestre et ont survécu à des températures extrêmes. Je deviens obsédé par les météorites, à vrai dire. Tellement que mes compagnons de marche me trouvent mon futur job pour 2019 : chercheur de météorites. Le midi, Mehrdad reconnaît les vraies météorites des fausses en un coup d’œil. Le bilan ? Eh bien… Une sur environ une dizaine était une réelle météorite. Il me faudra travailler encore un peu si je ne souhaite pas être sans emploi en 2019 !

Il est assez drôle de voir que dans un des déserts les plus inhospitaliers du monde, il y a tout de même énormément à observer. On s’étonne des plus petits détails, on se questionne sur la nature ou l’origine de ce que l’on voit, sur le fonctionnement de l’écosystème. Je me rappelle être émerveillé avec la coach en méditation et développement personnel lorsque nous avons aperçu une sorte de mini-larve sortir du sable d’une dune. D’où proviennent ces pierres que nous voyons actuellement ? Pourquoi certaines ont une surface très lisse, quasi-brûlée, alors que d’autres présentent des trous et sont tranchantes ? Comment un arbre peut-il survivre ? Comment les animaux peuvent-ils accéder à l’eau nécessaire à leur survie ? Pourquoi les couleurs du coucher de soleil persistent-elles après la disparition du soleil à l’horizon ? Bien évidement, Mehdi et Mehrdad ont beaucoup de réponses, mais pas toutes. Alors nous débattons, émettons des hypothèses et apprenons les uns des autres.

Certaines questions dans cette plaine nécessitaient un peu de maths, comme par exemple : « Si l’on dévie d’un degré de notre direction du prochain camp sur un kilomètre, de combien de mètres allons-nous nous écarter ? ». Alors je reste occupé quelques minutes à dessiner un schéma dans mon esprit, à faire quelques divisions, multiplications et développements limités pour arriver au résultat attendu. Oui, même en plein désert !

Au centre de cette plaine caillouteuse, après la traversée de quelques petites dunes de sable (Que faisaient-elles ici ? Encore une question !), nous voici à présent dans l’Œil du Lut. Il s’agit d’un ancien lac où les eaux des montagnes au Nord du désert avaient l’habitude de s’accumuler. On y trouve aujourd’hui seulement une croûte externe qui se rompt sous le poids de nos pieds. Cette dernière, chargée en sel, présente également des sortes de pentagones à sa surface. Pourquoi des pentagones ? Je n’ai toujours pas la réponse, mais j’ai déjà observé des formes similaires dans les salars au Nord du Chili et de l’Argentine.

Les dunes-étoiles et les kaluts

A la fin du 5ème jour, nous arrivons aux pieds des dunes-étoiles. Il s’agit de dunes de sable qui présentent la particularité d’être à l’intersection de plusieurs vents, ce qui leur donnent des formes d’étoiles lorsqu’on les regarde du ciel. Elles ont ainsi au minimum 3 « bras » (ou arrêtes). Nous sommes dans un tout autre monde, car ici commencent aussi les kaluts, des formations géologiques particulières créées par l’érosion par le vent, laissant derrière lui des énormes blocs de roches friables sur lesquels nous pouvons distinguer différentes strates.

Nous sommes depuis quelques jours bien habitués à notre routine. Le réveil de l’ensemble du camp au petit matin par une coéquipière (« 4 A.MMMMMMMM. ! ») signale le début de la journée. On se réveille doucement, on range nos affaires et prépare tout avant le petit déjeuner. Au lever du soleil, on commence à marcher jusqu’à atteindre l’endroit du repas. On repart lorsque l’on a fini et nous continuons la marche jusqu’au camp du soir, où l’on met en place les tentes presque directement, juste avant le coucher de soleil. Toilettes, soins des pieds, puis repas et il est déjà temps de se coucher. Il n’y a presque pas de répit.

J’avais pris la décision de ne pas emmener avec moi de montre ou de téléphone portable. Je vivais ainsi cette expédition avec pour seuls repères temporels le « 4 A.MMMMMMMM. » de ma coéquipière et la position du soleil et de la lune dans le ciel. Nous sommes ainsi, depuis le début, isolés dans cette bulle intemporelle qui se déplace progressivement dans le désert.

Chaque jour, nous faisons entre 20 et 35 kilomètres de marche en fonction du terrain et de la température. Car si celle-ci était clémente au début, elle ne l’est plus sur ces derniers jours. Nous dépassons à présent facilement les 40 degrés l’après-midi et chaque brise est appréciée.

Les 3 derniers jours consistent à traverser les dunes-étoiles, à descendre au Sud des couloirs de kaluts infranchissables et de traverser les kaluts de l’Est à l’Ouest. Depuis quelques jours, nous trouvions des plumes, des squelettes d’oiseaux et de lézards dans le désert, mais nous n’avions trouvé aucune forme de vie. Sur la fin des dunes-étoiles, nous commençons à revoir des petits oiseaux et nous voyons également pour la première fois un, puis deux lézards Ghazvinian, nommés d’après la personne qui les a découvert, qui n’est autre que… Mehrdad ! Puis un matin, alors que je sors de ma tente sous le ciel étoilé, je vois deux yeux jaunes qui me fixent, immobiles. Je ne distingue pas l’animal, mais plus tard, je comprends qu’il s’agit d’un renard des sables, à la fois très peureux et curieux de voir ces 13 créatures qui ont fait un feu et préparé de la nourriture.

Les kaluts sont l’occasion de faire travailler mon imagination, en façonnant différentes formes dans ces blocs de roches. C’est un véritable plaisir de marcher dans ce type de terrain, plat la plupart du temps (vous imaginez bien qu’il y a tout de même quelques dunes à passer de temps à autres), magnifique du matin jusqu’au soir. Les levers et les couchers de soleil rivalisent de beauté avec ceux des dunes.

Nous nous cachons à plusieurs reprises sur une dune de sable ou derrière un kalut des trafiquants de drogues en provenance de l’Afghanistan qui conduisent sur ces plaines. Mais cela ne nous empêche pas d’avancer et les derniers jours passent rapidement et sans s’en rendre réellement compte, nous atteignons tous ensemble le dernier camp : nous avons traversé le désert de Lut.

Fin de l’expédition

Embrassades, grands sourires, soulagements et beaucoup de baume du tigre et de beurre de karité. L’arrivée au dernier camp se fait dans la joie mais le désert nous presse, car d’après Mehrdad, les nuages et le vent indiquent l’arrivée d’une tempête de sable. Nous montons nos tentes pour la dernière nuit et mangeons directement. Nous passons la nuit sous un vent un peu plus intense que d’habitude, mais tant mieux, aucune grosse tempête de sable n’a eu lieu. Et nous voici à présent dans les énormes 4×4, à rouler à toute vitesse dans les plaines et à traverser d’énormes dunes que je n’aurais jamais pensé franchissables par une voiture. Musique iranienne ou turque à fond, nous dansons et rions à grands éclats. La destination ? Une oasis redécouverte par Mehrdad il y a une vingtaine d’année pour se reposer, manger des dattes, se baigner dans une cascade paradisiaque, mais avant tout pour prendre une douche bien méritée.

Au final, cette expédition aura été un beau challenge d’endurance que j’ai accompli entouré de gens inspirants. Je souhaite à présent découvrir la culture perse et son architecture avant mon retour en France et la préparation de mes prochaines aventures !