Nong Khiaw et Muang Ngoi sont deux villages dans le Nord du Laos qui sont un réel bol d’air frais. Alors que je pensais me reposer dans des petits villages tranquilles pour cette dernière semaine au Laos, je me suis retrouvé à faire des randonnées et à grimper sur des pics de montagnes.

 

 

Une soirée parfaite à Muang Ngoi

« Qui – en dehors de tes parents – t’a le plus influencé dans ta vie ? ». C’est la question que la suédoise a tiré. Alors qu’elle y répond, le ton change drastiquement de la précédente question que l’anglaise avait : « Quelle est la situation la plus honteuse que tu aies vécue ? ».

Nous sommes tous les trois au Bee Tree, un restaurant tout au bout de la rue principale de Muang Ngoi, ce petit village au Nord du Laos accessible seulement par bateau. On joue des morceaux de musique sur Spotify pour se les faire découvrir et sur la table se trouvent les bouts de papiers sur lesquels chacun a écrit des questions. Il fait nuit et depuis plus de deux heures, chacun son tour, on tire au sort une question et y répond. Souvent, les deux autres y répondent également. On se livre les uns aux autres assez naturellement, que ce soit des confessions malheureuses, drôles, embarrassantes ou flatteuses, comme si l’on se connaissait depuis des années et que l’on se retrouvait alors.

Pourtant, je n’ai rencontré l’anglaise que ce matin même et la suédoise il y a seulement 4 jours ; j’étais alors à Nong Khiaw, et alors que je m’achetais une bouteille d’eau dans un restaurant, je lui ai demandé si elle souhaitait m’accompagner pour le coucher de soleil sur un point de vue.

Si l’on se sent prêt à partager autant, c’est parce que l’on s’est bien trouvé, que l’on a le même état d’esprit et que l’on vient de vivre une super expérience ensemble. En effet, nous avons – ensemble – gravi la montagne de Pha Boom, et ça n’était pas une mince affaire !

Avec la suédoise, on avait déjà grimpé à deux points de vue à Nong Khiaw. Mais cette fois-ci, la montée était bien différente.

 

 

Éviter de faire « BOOM » à Pha Boom

Des échanges avant les autres voyageurs…

Déjà, avant même d’essayer d’escalader la montagne, on entend toutes sortes d’histoires : il y aurait deux points de vue, ou alors peut-être trois. Certains affirment qu’en réalité, il n’y en a qu’un et que l’autre n’est que le pic. J’entends que plusieurs personnes préfèrent faire une autre montagne, car celle-ci serait un peu trop épuisante physiquement. Apparemment, le premier point de vue serait assez facile, mais beaucoup ne voient pas le chemin pour aller au pic ou abandonnent au milieu. Enfin, juste avant de partir pour le pic, je croise un jeune suédois qui s’était perdu en descendant et qui avait pris appui sur une grosse pierre qui s’est détachée et lui est tombée sur le bras (sans plus grosse conséquence qu’une très longue égratignure, rassurez-vous).

Bref, assez d’histoires pour nous décourager, mais on a déjà randonné en haut de deux points de vue à Nong Khiaw avec la suédoise et on sait à quel point les gens aiment exagérer et dramatiser les choses.

 

La montée

Nous voici donc partis pour le pic de Pha Boom, la mini-enceinte de la suédoise diffusant de la musique. On sait déjà que cela va pas mal grimper, mais la randonnée n’est pas très longue : entre 1h15 et 2h. Le début est facile : ce sont des simples marches en terre que l’on ne compte bientôt plus. Il fait chaud et on transpire rapidement, même si l’on est sous la canopée. Petit à petit, les marches se raréfient et ce n’est bientôt qu’une montée en terre granuleuse. On doit chercher appui sur les pierres et s’aider des cordes mises à disposition pour monter.

Environ 45 minutes et deux pauses ravitaillement en eau plus tard, on arrive au « premier point de vue » sur le village de Muang Ngoi. La vue est belle, mais on s’y arrête 5 minutes. On se remet vite à marcher pour atteindre le pic, comme celui-ci est notre objectif. Presque directement, on remarque que de nombreux bambous s’élèvent les deux côtés du chemin. Tant mieux, car nous allons vite en avoir besoin. En effet, le chemin – quand il est apparent – est toujours aussi granuleux, mais il est plus pentu et les cordes manquent. C’est là que la randonnée devient escalade, où l’on s’aide comme l’on peut des pierres, des arbres, de leurs racines et de leurs branches, et surtout des bambous, à leur sortie de la terre (là où ils sont le plus solides) ou en longueur, s’en servant comme d’une corde. On n’est tout de même pas à la verticale, mais on dépasse bien les 75° – 80° par moment. Les bambous séchés se cassent, les troncs ou les pierres ne sont pas entièrement stables. On avance donc doucement, et tout signe de transpiration est effacé. Ce sont les muscles et surtout l’agilité qui travaillent à présent.

 

Le pic

Puis, la canopée devient de moins en moins dense et il n’y plus du tout de chemin pendant un moment. Ce ne sont que des pierres, toutes tranchantes et pointant vers le ciel. Entre celles-ci, on arrive à se déplacer lentement, mais sûrement. On se trouve un endroit où se poser, et on admire alors la vue.

On est de l’autre côté de la montagne par rapport au premier point de vue. On voit au loin d’autres villages et les oiseaux volent en dessous de nous. De temps à autre, on entend des bambous craquer dans la forêt en dessous de nous, un peu partout. Les montagnes alentours sont quasiment toutes arrondies et recouvertes d’arbres. La rivière, la Nam Ou, serpente entre les mini-collines qui forment des bosses et qui donneraient presque envie de sauter dessus en espérant y rebondir comme sur un matelas gonflable. 

Sauter, toutefois, est la dernière de nos envies. On ne laisse pas les pieds dans le vide car on pourrait basculer en avant ou en arrière. On s’assure toujours d’avoir les pieds et les mains sur des supports bien stables. Cette position d’équilibre, certes un peu inconfortable pour nos fesses qui reposent sur des pierres tranchantes, sera la nôtre pendant un peu plus d’une heure sous un soleil permanent. On se laisse porter par nos pensées sur un fond RnB doux, on parle assez peu, mais chacun est fier de ce que nous avons réalisé ensemble alors qu’aucun de nous n’avait prévu de faire cela la veille.

 

La descente

Mince, il est déjà l’heure d’y aller. On est même en retard si l’on veut être rentré avant la nuit. Ce moment d’apaisement du haut de Pha Boom est terminé, et on reprend le chemin, cette fois en descendant. On est encore plus prudent qu’à l’aller, car un faux mouvement nous ferait tomber sur plusieurs mètres. On s’aide carrément, en plus des mêmes éléments qu’à la montée, de touffes d’herbes pour maitriser la descente. Tout le monde dérape, parfois volontairement car on n’a pas d’accroche, parfois involontairement. La suédoise tombera même comme il faut, ce qui lui laissera une belle égratignure tout le long de la cuisse pour les prochains jours.

On est encore plus lent au retour, car c’est plus compliqué de descendre. Il nous faudra plus de deux heures pour arriver en bas, et la nuit étant entièrement tombée, on a fini la descente dans le noir grâce à nos lampes frontales. En plus, on a dévié de la « piste » pendant 10 minutes et on devait se frayer un chemin dans le noir parmi les branches et les feuilles.

Enfin, on rejoint le chemin de terre qui nous mènera au village : Whaou, on l’a fait !

 

 

Les points de vue de Nong Khiaw

Ce pic de Pha Boom à Muang Ngoi était sans aucun doute le plus difficile et le plus challenging. Cependant, il est faisable avec prudence pour quiconque est dans une bonne forme physique et fait attention. Les autres points de vue faits lors de ce séjour étaient similaires, bien que plus faciles, moins longs, moins fatiguants et nécessitant (beaucoup) moins d’escalade !

Ces autres points de vue se situent à Nong Khiaw, le petit village d’où part le bateau pour accéder à Muang Ngoi. Il y a deux points de vue :

 

  • Le pic de Pha Deng : Le plus populaire à Nong Khiaw, c’est également le plus facile. La plupart des touristes y vont pour le lever ou le coucher de soleil. Nous l’avons fait deux fois et chacune d’entre elles valait vraiment le coup avec des paysages différents. Au lever de soleil, les montagnes s’élèvent de tous les côtés au dessus des nuages matinaux avant que ceux-ci s’éparpillent et « grimpent » sur les montagnes. Au coucher de soleil, la vue est dégagée et l’on voit très bien la rivière Nam Ou avec le village de Nong Khiaw.
  • Le pic de Nang None : C’est un point de vue moins connu car il est récent. Il apparaît cependant sur l’application me. Lorsque la suédoise et moi l’avons fait pour le coucher de soleil, nous étions assis sur la plateforme en bois, les pieds pendants dans le vide, entièrement seuls tout en haut de la montagne. La plupart des voyageurs à qui je l’ai recommandé par la suite étaient également seuls. Il est un peu plus compliqué que Pha Deng car le chemin est moins facile à distinguer et il nécessite d’escalader un peu plus (rien d’aussi compliqué que Pha Boom, cependant !). À ne pas louper, j’y ai préféré la vue pour le coucher de soleil !

 

En dehors des points de vue, la grotte de Pha Tok a été une très bonne expérience où un « enfant de la grotte » (cf. mon article sur Kampot) m’a fait escaladé des murs de la grotte où je pensais bien qu’un de nous deux allait finir avec un plâtre.

 

Une randonnée dans les villages aux alentours de Muang Ngoi

Les « murmures de voyageurs »

Depuis le début de mon voyage, j’ai tendance à connaître les endroits et les activités associées avant même d’y être aller. À chaque fois que l’on rencontre quelqu’un, on s’échange presque systématiquement les bons conseils sur les endroits où l’autre va aller prochainement. Ainsi, j’avais entendu parler des points de vue à Nong Khiaw et d’une randonnée à Muang Ngoi alors que j’arrivais seulement au Cambodge, presque deux mois avant d’être dans le Nord du Laos. De même, j’ai rencontré à Vang Vieng (au Laos) une française qui m’a donné les mêmes conseils sur ces deux mêmes villages. Plus on s’approche d’un endroit, plus les conseils sur cet endroit sont fréquents et détaillés avec des petits conseils pratiques. C’est comme cela que la montée au pic de Pha Boom a été un succès, d’ailleurs : malgré toutes les histoires sur l’escalade en elle-même, beaucoup de personnes m’ont donné de précieux conseils.

D’ailleurs, c’est souvent grâce à ces « murmures de voyageurs » – comme j’aime bien les appeler – que je choisis mes prochaines destinations au sein d’un pays.

 

La randonnée

Je viens de le dire : un autre grand murmure de voyageurs sur Muang Ngoi est une randonnée dans les rizières asséchées vers les villages aux alentours de Nong Khiaw. Il y a trois villages : Ban Na, Houay Sen et Houay Bo. Nous ne sommes allés qu’aux deux premiers, mais la journée a été superbe.

Le soleil ne nous a pas quitté, les paysages étaient verdoyants malgré la saison sèche, les montagnes étaient resplendissantes, les rivières à traverser étaient rafraichissantes pour les pieds, et surtout, les villageois nous ont surpris !

Dans les deux villages, toutes les maisons sont en bois et bambou, sur pilotis, les murs sont tressés, les sanitaires sont plus que basiques et les vaches, coqs et cochons se baladent en liberté.

 

Ban Na

À Ban Na, l’homme qui fabriquait des paniers à riz en bambou sur le bord d’un chemin était ravi que l’on s’arrête pour regarder son travail. Sur la table, il avait un guide « anglais – laotien » pour pouvoir communiquer un minimum, mais il ne l’utilise presque pas. Les quelques mots qu’il connaissait suffisaient et par dessus tout, les gestes permettaient de communiquer et de rigoler – parce que oui, il est très drôle !

Les tisseuses font leur travail minutieux à l’ombre, mais toutes s’arrêtent sur notre passage pour nous regarder, intriguées et souriantes.

 

Houay Sen

À Houay Sen, les enfants nous faisaient des « coucous » avec la main et criant « Helloooooo » ou « Sabaideeeeeeee ». Certains étaient un peu désorientés de nous voir, mais un sourire de notre part les rassurait et les faisait sourire à leur tour. Une vieille dame a insisté pour que l’on mange les dattes des branches que ses fils (j’imagine) avaient coupées. Avec une sauce très épicée, c’était très spécial mais très bon ! Ici aussi, on communique principalement par les gestes avec les habitants de ces villages.

 

C’est une expérience authentique, surtout si l’on va dans des villages qui ne voient presque pas de visiteurs comme Houay Sen ou Houay Bo. Même parmi les backpackers à Muang Ngoi, la majorité ne s’aventurent pas dans ces villages qui sont restés des endroits qui n’ont presque pas été touchés par le tourisme.

 

 

Que ce soit à Nong Khiaw ou à Muang Ngoi, je ne pense pas avoir eu l’expérience classique du voyageur dans ces villages. Certes, beaucoup font le point de vue de Pha Deng à Nong Khiaw, mais très peu vont à Nang None ou à Pha Boom, voire même dans les villages environnants. Ce sont des aventures presque gratuites, authentiques et qui resteront de superbes souvenirs pour ma part !