Deux road trips dans les campagnes du Sud du Laos – le plateau des Bolovens et la boucle de Thakhek – nous exposent à de magnifiques paysages et à une ouverture culturelle sur certaines traditions bien différentes des nôtres.

 

Pantalon, lunettes de soleil et masque (pour éviter la poussière), je suis sur ma petite moto en plein centre de la ville de Thakhek, prêt pour le départ. Le couple de britanniques a entre les mains le plan esquissé par la gérante du magasin de location de motos. Sur ce plan, les rues de Thakhek sont dessinées et les postes de police sont représentés. Le but du jeu est à présent de sortir de la ville sans se faire arrêter par les policiers qui n’attendent que les touristes pour leur soutirer un peu d’argent de corruption. Ça y est, on a un itinéraire pour rejoindre la Route 12, où nous devrions être tranquilles. Au ralenti, on prend la première à gauche, puis la deuxième à droite. Je mène doucement le groupe et j’ai l’impression d’être dans un jeu vidéo en 2D. On prend à droite et le premier poste devrait avoir été évité. On continue jusqu’au rond point. Ici, les policiers devraient être sur une partie du rond point que l’on évitera. Je roule à présent à 15 km/h et voit le rond point. Au même moment, j’entends un coup de sifflet. Mince, la police est juste sur notre passage, là où elle ne devrait pas être. Je m’arrête sur le côté, là où elle ne peut pas nous voir et on décide d’un autre itinéraire. Après plusieurs impasses et beaucoup de routes terreuses, c’est bon : on a évité la police. Nous voilà prêts, tout faux-bandits que nous sommes, à prendre la route pour un road trip au milieu des montagnes laotiennes !

Car après avoir fini le tour du plateau des Bovolens il y a quelques jours, nous voici sur la route de la boucle de Thakhek.

 

 

Le plateau des Bolovens

Démarrant à Pakse, ce tour à moto de 4 jours est plus culturel que beau. Les routes ne sont pas toujours en très bon état (voire en très mauvais état) et mon T-shirt orange est devenu brun de poussière. Un soir, après une heure de lavage à la main, il est redevenu orange le temps d’une nuit avant de reprendre la route le lendemain…

Plusieurs plantations de cafés sont sur le chemin et s’y arrêter est toujours enrichissant (saviez-vous que les bâtons de cannelle proviennent de l’écorce d’un arbre ? Je n’en reviens toujours pas !), mais ce qui m’a le plus marqué est la visite chez Mr. Hook.

 

Chez Mr. Hook

Il s’agit d’un homme qui raconte les croyances, coutumes et traditions de sa tribu et de son village. Il est passionnant et cette introduction à leur culture est étonnante, voire par moment choquante.

En effet, j’ai été impressionné par leurs connaissances des plantes et leur ingéniosité. Par exemple, ils transforment en moins d’une minute une herbe en une arme pour tuer des oiseaux à 5-7 m de portée et ils n’ont aucun problème pour faire des bulles de « savon » avec une tige et de la sève.

La tribu est animiste et l’ensemble de leurs coutumes cherchent à éloigner les mauvais esprits : une femme ne peut ainsi pas accoucher dans le village mais doit le faire dans la forêt, ceux qui sont morts accidentellement doivent être enterrés dans un cimetière dédié à ce type de morts et leurs familles doivent alors aller vivre dans la forêt pendant 5 ans pour conjurer le mauvais sort. De plus, à chaque pleine lune, un chien est battu à mort sur la place du village pour prévenir des malheurs. C’est leur rituel de « sacrifice » mensuel.

La polygamie est courante et des jeunes filles de 12 ans se sont déjà retrouvées mariées à un homme de plus de 45 ans et enceintes. Enfin, à partir de l’âge de 3 ans, tout le monde fume le bong (grand tube en bambou fait – dans ce cas-là – pour fumer du tabac).

La plupart des enfants vont à l’école primaire, mais aide ensuite leur famille en travaillant pour la plantation de café ou de tabac.

Bref, cet arrêt chez Mr. Hook m’a fait réaliser à quel point je vivais à des années lumières du mode de vie de cette tribu. D’un côté, on était tous d’accord pour dire que leur connaissance de la nature et des possibilités d’exploitation de cette dernière étaient bien plus avancée que la nôtre. De l’autre, leur culture est parfois extrême là où la nôtre est bien plus modérée / protectionniste. Mr. Hook, lui conscient des autres cultures, présente le village objectivement, sans émettre d’avis.

 

Les autres coups de cœurs

D’autres arrêts sur la route m’ont particulièrement plu, avec par ordre de préférence :

 

  • Tad Tayicsua : Il s’agit de 7 cascades et il faut faire des treks courts mais épuisants dans la jungle, au milieu des bambous et des bananiers, pour y accéder. La cascade qui m’a le plus ébahi se trouvait au milieu d’une prairie la plus parfaite qu’il soit : toutes les couleurs, du vert de l’herbe au bleu de l’eau en passant par le rose des fleurs, sont naturellement très vives. L’humidité est omniprésente et créé un arc-en-ciel permanent au milieu de ce paysage onirique. Tad Tayicsua justifie à elle seule de faire la « grande boucle » à moto de 4 jours plutôt que la « petite boucle » de 2 jours.
  • Tad Lo : Petit village organisé autour d’une petite cascade. Les bungalows en bois de Sailomyen Bungalows donnent sur la rivière dans laquelle l’on voit régulièrement les enfants jouer. Le lavage des éléphants en haut de la cascade est étonnant mais bienveillant. Le soir, un laotien nous a invité chez lui pour célébrer l’anniversaire de sa fille de 16 ans, mais nous n’avons vu la fille que 10 minutes. Je crois que le père a plus célébré l’anniversaire que sa fille.
  • Tad Yuan : Autre cascade vraiment très belle. Un réel havre de paix, comparé aux autres cascades à côté qui sont, elles, très touristiques.

 

 

La boucle de Thakhek

La description de ce tour de 3 jours à moto sera plus courte, car si l’on fait cette boucle, c’est avant tout pour le plaisir de conduire sur des routes magnifiques.

Que ce soit la Route 12 à la sortie de Thakhek où les karsts de calcaires m’ont époustouflé ; les nombreux virages au milieu de la jungle où j’ai ressenti l’adrénaline monter progressivement ; ou alors la ligne droite au milieu d’une zone aride avec les montagnes qui tracent la ligne d’horizon ; qu’importe l’un ou l’autre, aucune photo ne pourra jamais capturer la beauté de ce road trip.

Sur la route (en très bon état par rapport à la boucle du plateau de Bolovens), on rencontre beaucoup de buffles, de poules, de chiens, de chats et de cochons. Un cochon me réveillera d’ailleurs une nuit en grognant très fort et courant sous mon bungalow. Presque tous les jours, vers 16h, nous passions des dizaines d’écoliers qui revenaient de l’école à vélo, certains se protégeant du soleil avec un parapluie.

Il y a tout de même quelques activités à faire tout au long de ce parcours, comme aller voir des grottes, se baigner dans un lagon bleu au pied d’une immense formation de calcaire et bien évidemment visiter l’immense grotte de Kong Lor. Cette grotte de 7 kilomètres de long est à explorer en bateau. L’avancée dans l’eau peu profonde se fait lentement et les faisceaux de nos lampes torches transpercent l’obscurité pour observer les énormes cavités qui m’ont laissé bouche bée.