Bagan, situé dans le pays du Myanmar (Birmanie), est une plaine parsemée de temples qui séduit beaucoup de ses visiteurs. Entre le soleil qui se lève en même temps que les innombrables montgolfières et les couchers de soleil qui m’ont surpris plus d’une fois, l’ancienne capitale de l’empire birman est simplement magique. Pour moi, ça a également été l’occasion de tester de nouvelles techniques en photographie.

 

 

La Princesse de Bagan

Arrivée au temple

Je suis sur mon e-Bike, un scooter électrique que j’ai loué plus tôt, et je roule en direction du temple que j’ai repéré au préalable. Il n’y a presque aucun bruit et le seul son que j’entends est Jungle Boogiede Kool & The Gang qui provient de mon portable. Il commence à faire chaud sur la plaine de Bagan et je me réjouis de ce qui m’attend. Je gare mon scooter devant le temple, passe à côté du stand de cloches et cartes postales et me dirige sans hésitation vers l’escalier secret du temple. J’arrive alors sur la terrasse de l’étage d’où l’on peut observer la plaine à 360° en se déplaçant un peu. Je ne m’y attarde pas : je connais la vue et je ne suis pas venu pour cela, cette fois-ci. Je rentre à l’ombre et m’installe dans un encadrement de la face du temple qui donne sur le Nord. Je sors mon trépied, y fixe mon appareil photoet le déplace afin de trouver un bon angle. Ça y est, c’est bon !

Je commence alors à faire mes réglages sur mon appareil afin de trouver la luminosité et le focus qui me plaît. J’en fait plusieurs et j’ai du mal à me décider. Peu importe, il me faut un sujet. Dans le temple, il n’y a personne si ce n’est un couple qui n’a pas encore trouvé le passage secret vers l’étage supérieur. Je connecte donc mon téléphone à mon appareil photo et m’installe dans le cadre de la photo. De mon téléphone, je vois ce que ça donne et je peux déclencher l’appareil. Je prends plusieurs photos avec différents réglages, jusqu’à ce que j’entende un bruit derrière moi. 

 

La rencontre

Je me retourne et découvre une fillette birmane de 6-7 ansaux cheveux courts. Elle me regarde depuis 2 minutes. Ou alors peut-être un quart d’heure, je n’en ai aucune idée. Je lui lance un « Mingalaba » (« Bonjour » en birman). Elle sourit en me répondant « Mingalaba ». Je continue mes réglages et je continue de sentir son regard curieux son mon dos.

Lorsque je change de localisation pour prendre d’autres photos, elle me suit, toujours en me regardant au loin. Au bout de 10 minutes, je l’invite à regarder de plus près, et lui demande comment elle s’appelle. « Moe Moe ». Elle regarde les photos sur l’écran de l’appareil et commente, rigole quand le cliché est loupé ou simplement souris. On échange de petites phrases sur les photos et c’est à peu près tout. Quand je sors du temple, je découvre son frère qui vend des peintures au rez-de-chaussée. Moe Moe doit donc être ici pour l’accompagner.

Je rentre à l’hôtel et commence à faire le post-traitement de mes photos. Il fait très chaud sur la plaine de Bagan entre midi et 15h, donc c’est le bon moment pour travailler les photographies. 

 

Un lever de soleil au château de la Princesse

Le lendemain, vers 5h du matin, je suis de nouveau sur mon e-Bike, et je roule encore en direction de ce même temple. Lorsque j’arrive, plusieurs personnes sont déjà installées et attendent le lever de soleil. J’installe et règle rapidement mon appareil photo dans le même encadrement face Nord, et lorsque tout est prêt, je m’installe auprès des autres pour regarder le lever de soleil.

Le soleil se lève et apparaît derrière le brouillard du matin. 5 minutes plus tard, l’ensemble des montgolfièrescommencent à s’élever dans le ciel. 10 montgolfières. Non, 13. Attendez, non, 17 ! Bon, j’ai perdu le compte : il y en a beaucoup. Le spectacle est magnifique ; l’étendue de palmiers, buissons et temples devant moi commence à prendre les couleurs chaudes du soleil alors que les montgolfières semblent s’évaporer sous l’effet de la chaleur. Puis ces dernières arrivent au dessus du temple, le passent. C’est le momentque j’attendais. Je m’installe sur le rebord du temple et commence à prendre des photos. C’est parfait : les montgolfières sont dans le cadre, un temple se situe en arrière plan. Il ne me manque plus qu’un sujet, et alors que j’allais faire mon propre sujet, je vois Moe Moe qui arrive discrètement.

 

Le mini-« photo shoot »

Nous nous reconnaissons et je lui demande si je peux la prendre en photo. Je vois son visage s’illuminer lorsqu’elle acquiesce de la tête. Elle est élégante et pose à merveille. Je n’ai presque pas besoin de lui dire quoi que ce soit, elle est parfaite pour les photos. Je prends plusieurs prises et décide de m’insérer dans la photo également. Après tout, les personnes autour de nous nous prenaient déjà en photo lors de ce « photo shoot » et puis je veux des photos avec elle. J’en prends plusieurs et je suis ravi des clichés. Les autres touristes autour profitent de la fin des photos pour jouer avec Moe Moe un peu. Elle court, elle joue à cache-cache, elle s’amuse et j’entends ses rires résonner dans les temples. C’est du bonheur à l’état pur. Après un quart d’heure, elle revient vers moi pour reprendre des photos. J’en prends encore quelques unes et elle s’amuse du résultat sur l’appareil.

Je me souviens d’un italien qui a décrit Moe Moe comme la « Princesse du temple ». Non, pour moi, c’est la Princesse de Bagan.

 

 

Les temples de Bagan

Rapide histoire des temples

Bagan était la capitale du Royaume de Bagan, qui a connu son apogée du XIèmeau XIIIèmesiècle. Le roi Anawrahta, fondateur du royaume, a décidé de faire construire des milliers de temples bouddhistes et pagodessuite à sa conversion au bouddhisme Theravada.

A cette époque, le Royaume de Bagan et le Royaume d’Angkor étaient les plus influents de la région d’Asie du Sud-Est.

Suite à l’invasion par les mongols à la fin du XIIIèmesiècle, le royaume perd de son influence et la plupart des temples furent abandonnés.

Aujourd’hui, il reste 2 200 templesqui peuplent la plaine de Bagan. La plupart sont en ruines, même si des travaux (contestés) de restauration sont en cours.

 

Interdiction d’escalader les temples

Les temples de moyenne et grande taille de Bagan ont pour la plupart une architecture sur deux étages, avec la terrasse supérieure construite pour l’observation de la plaine. Cependant, suite à un tremblement de terre en 2016 qui a fragilisé les fondations et à la mort d’une touriste américaine en 2017, l’accès aux étages supérieurs de tous les temples est interdit.

Pour permettre aux touristes d’observer les magnifiques levers et couchers de soleil, des buttes artificiellessont en train d’être construites. Cependant, elles sont souvent pleines de monde et cela n’est pas très convivial.

 

À la recherche du meilleur spot

Ainsi, pour la plupart des jeunes touristes, l’expérience s’est transformée en la recherche des temples où les accès sont encore possibles. En effet, les temples sont progressivement fermés les uns après les autres et cela prend du temps. Ainsi, le matin (juste après le lever de soleil) ou en fin d’après-midi, les touristes se baladent en e-Bike, suivent les recommandations qu’une personne de leur hôtel leur a suggérées ou se laissent guider par l’application maps.mepour explorer les temples.

Il n’est donc pas surprenant de trouver pour chaque lever et coucher de soleilun ou plusieurs groupes sur la terrasse d’un temple. De temps à autre, quand les temples sont vraiment dangereux, la police pour touristes intervient et fait descendre les gens (je parle d’expérience : dommage, on avait vraiment trouvé un temple où la vue était impressionnante !). Mais la plupart du temps, cela semble toléré. Certains temples ont même subi des renforcements de structure et ont des stands de ventes d’objets pour touristes. Par ailleurs, au crépuscule, des birmans se baladent en scooter pour indiquer aux touristes les meilleurs temples. 

 

 

Une expérience photographique

Repérage des lieux

Étant resté près d’une semaine à Bagan, je connaissais déjà tous les temples « ouverts au public » et ma carte maps.meétait une mine d’informations sur les temples. J’ai été littéralement charmé par Bagan, et alors que la plupart des gens avec qui je voyageais étaient partis vers leur prochaine destination, j’avais décidé de rester quelques jours de plus pour tester de nouvelles techniques photographiques et découvrir de nouveaux endroits.

Les derniers jours ont donc été dédiés à l’« exploration » de la plaine, et je me suis retrouvé de plus en plus confronté à la nature sauvage. Cela a commencé par des écureuils qui se baladaient sur les temples, puis aux moustiques dans les passages secrets pour accéder aux étages supérieurs. Certains temples sont un peu isolés et l’on doit traverser des dunes de sables ou des hautes herbes pour y accéder. Mais là où j’ai moins rigolé, c’était lorsque j’ai vu une mue de serpent dans un temple ou lorsque j’ai été attaqué dans un escalier par une colonie d’abeilles qui y avait fait sa ruche.

 

Sérendipité

Si un mot devait correspondre à mon expérience photographique à Bagan, je choisirai « sérendipité » – cette aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité.

Un jour, alors que je conduisais à travers des champs de ruines pour aller à un temple pour le coucher de soleil, je suis tombé par hasard sur un mariage traditionnel. Les mariés étaient assis dans une calèche tirée par des vaches « décorées » et des enfants leurs apportaient des fruits et légumes en guise de présents.

Un autre soir, au crépuscule également, alors j’étais en route vers un autre endroit avec un photographe rencontré dans mon dortoir, nous avons fait la rencontre d’une jeune birmane qui nous a fait part de ses endroits préférés pour le coucher de soleil. En la suivant un peu, elle nous mène tout droit sur une butte artificielle qui – au premier abord – ne présentait pas d’intérêt particulier. Seulement, après 10 minutes, d’autres birmanes la rejoignent et ensemble, elles marchent avec des paniers à riz et bols sur la tête. Du bas de la butte, les ombres se détachent du ciel orangé : le cadre est onirique et les sujets reflètent les traditions birmanes : je n’aurais jamais pu espérer mieux !

 

Apprentissage de la photographie

La rencontre avec plusieurs autres photographes sur les derniers jours a été l’occasion d’échanger sur certaines techniques de photographie ou d’édition. Ainsi, ma visite de Bagan a été ponctuée par les levers ou couchers de soleil alors qu’en journée, on allait explorer de nouveaux endroits et/ou éditions nos photos.

Pour moi qui ne passe en général pas beaucoup de temps sur l’édition des photos, cela m’a pas mal changé et j’ai beaucoup appris de ces échanges.

 

 

Finalement, Bagan est sans doute l’endroit le plus magique que j’ai pu faire au Myanmar. Les couchers et les levers de soleil sont étonnants par l’absence presque totale de nuages ; et s’ils m’ont totalement émerveillé, il paraît qu’ils sont encore plus beaux en décembre/janvier sans le brouillard parfois grisonnant. Mais le plus féerique reste tout de même les innombrables montgolfières à chaque lever de soleil, de fin octobre à fin mars. À ne pas manquer !