Après un début difficile en Nouvelle-Zélande, l’auto-stop m’a fait voir un autre visage de ce pays aux paysages magnifiques.

 

 

Quelques rencontres

« J’ai fait beaucoup de stop quand je parcourais l’Australie. 7 800 kilomètres. Alors quand je vois un auto-stoppeur, je n’hésite pas une seconde : je le prends, dit le type aux cheveux longs qui était tout aussi gros que son 4×4 était énorme.

– 7 800 kilomètres en stop ? Incroyable ! T’y étais il y a longtemps ?

– Il y a quelques temps. J’ai vécu chez les aborigènes, là-bas.

– Comment c’était ? »

Tout en regardant la route, il détache ses mains potelées qui tenaient fermement le volant pour les assembler devant sa bouche. Ses genoux maintiennent le volant pour poursuivre la route, droite à perte d’horizon. Alors, sans prévenir, il produit un son caverneux. De nombreuses vibrations se superposent, toutes provenant du même homme. Les fréquences émises ressemblent énormément à celles d’un didgeridoo, un instrument à vent des Aborigènes d’Australie, mais il n’utilise que ses mains et sa bouche.

Moi, je reste bouche bée.

25 minutes plus tard, après avoir échangé sur la spiritualité et certaines médecines naturelles, un homme d’une cinquantaine d’année avec des lunettes fines, toujours dans un 4×4, s’arrête devant mon pouce tendu et mon pauvre carnet déchiqueté sur lequel ma destination était écrite.

« Où vas-tu ? » demanda-t-il avec un accent irlandais.

Je me dis que décidemment, personne ne lit ma « pancarte ». Je lui annonce ma destination. Il me répond alors d’un petit air enjoué :

« Monte alors ! On a une demi heure pour parler ! »

Lui était chef d’une équipe d’ingénieurs d’une communauté de communes, et il allait voir l’avancée des travaux de renforcement d’un château d’eau. Il était content de prendre un auto-stoppeur, un peu comme s’il avait réalisé sa bonne action de la journée. Il n’aimait pas trop Wellington, où il habitait, et rêvait de vivre dans les montagnes de l’île du Sud. « Attention, je ne suis pas aigri. C’est juste que je préfère la nature. Mais tu sais, Welly, c’est mieux pour mes enfants et ma femme s’y plaît énormément. »

Plus tard encore, deux filles d’à peu près mon âge se sont arrêtées parce que j’avais « l’air cool ». L’une venait du Texas et l’autre d’Irlande. Toutes deux étaient en Permis Vacances Travail en Nouvelle-Zélande et elles profitaient de quelques jours de congés pour aller visiter la région de Taranaki. Elles n’ont pas regretté de m’avoir pris : on n’a pas arrêté de rigoler pendant l’heure passée ensemble et on a échangé nos meilleurs chocolats. À la fin, on a failli continuer la route ensemble.

 

L’auto-stop

Une ancienne voyageuse de 60 ans à la voix rauque m’a raconté ses histoires d’auto-stop de sa jeunesse. Une indonésienne qui gérait un hôtel m’a donné des contacts pour la suite de mon voyage. Deux retraités qui allaient jouer au golf, comme tous les vendredis, m’ont retracé l’histoire de leur famille et leur implication dans les guerres mondiales. Un Maori (peuple indigène de Nouvelle-Zélande) m’a conduit pendant trois heures dans un bus scolaire en me racontant la vie et les traditions de sa famille. John Smith (comme dans Pocahontas !) m’a fait monter dans son énorme camion et m’a appris des phrases de drague en Maori.

Bref, à chaque nouveau véhicule qui s’arrêtait devant moi, une nouvelle histoire commençait. Je ne savais jamais à quoi m’attendre. Parfois, on ne parlait pas beaucoup : le courant ne passait pas plus que cela. Mais la plupart du temps, on échangeait sans cesse et les personnes qui me prenaient en auto-stop posaient beaucoup de questions et n’hésitaient pas à raconter leurs expériences : « Pourquoi es-tu en tour du monde ? », « D’où viens-tu ? », « Ah oui, j’ai de la famille qui vit en France aussi », « Tiens, j’aimerais bien aussi aller sur l’île du Sud un de ces quatre, je vais en parler à ma copine », « Laisse-moi te dire le meilleur endroit vers Rotorua », « On vient respectivement du Chili et d’Inde, mais on s’est rencontré à Sydney. Aujourd’hui, on vit dans les bois. Et là, on emmène papi en ville pour qu’il choisisse la nouvelle peinture. Mais en fait, ce n’est pas vraiment notre papi, on aime juste l’appeler comme ça. Tu choisirais quelle couleur pour le salon, toi ? ».

Les kiwis sont très curieux de nature, aiment partager leurs histoires et la bonne expérience des touristes semble leur tenir à cœur. Tellement d’ailleurs qu’une femme m’a un jour accompagné jusqu’à un guichet pour que je puisse prendre le bon bus qu’elle avait choisi afin que j’arrive à destination à l’heure prévue. Ma dernière vision d’elle sera son au-revoir à travers la vitre du bus dans lequel j’étais assis. Deux heures plus tard, j’avais un e-mail de sa part pour s’assurer que tout allait bien.

Faire du stop en Nouvelle-Zélande a vraiment été – pour moi – uneexpérience libératrice. Il y avait – enfin ! – un peu d’imprévu, d’incertitude et d’excitation. Bref, c’était de nouveau l’aventure.

 

Un début difficile

Il faut dire que le moral du début de la Nouvelle-Zélande n’était pas le meilleur. Après une superbe aventure au Népal et une semaine hors du temps dans une auberge de jeunesse à Kathmandu où je me sentais vraiment comme à la maison, l’arrivée dans le pays du kiwi a été un choc auquel je n’étais vraiment pas préparé.

Trop lisse, immaculé et surtout contraignant. Le plus parlant est l’exemple des auberges de jeunesse. Tout respirait le surfait, avec des pointes d’originalité criantes de banalité. Ainsi, voici une compilation de certaines caractéristiques des auberges de jeunesse néozélandaises où je suis resté :

  • Les interactions entre voyageurs beaucoup moins fréquentes que ce que j’ai pu rencontrer jusqu’à présent.
  • Dans la cuisine, il y a 80% du temps une pancarte « Fais la vaisselle, ta mère n’est pas là pour la faire à ta place ! ». Il y avait toujours une référence à « ta mère ».
  • Des affiches « Beer Pong » ou « Tournée des bars » placardée à peu près partout. Et j’ai vu le staff toquer aux portes de toutes les chambres pour être sûr d’avoir le maximum de personnes, à tel point que certains se cachaient pour éviter le personnel trop insistant !
  • Le Wi-Fi est payant : pourquoi ne pas se faire de l’argent en plus ?
  • On propose des voyages tout faits pour Australie et la publicité, en plus d’être sur les murs des espaces communs et des chambres, est même aux toilettes !
  • Pour pouvoir se garer sur le parking presque vide de l’auberge de jeunesse, on te demande de bien prendre la place correspondante au numéro inscrit sur un petit carton que tu dois mettre en valeur derrière le pare-brise.

En dehors des auberges de jeunesse, j’ai eu du mal avec la non-spontanéité que l’on peut avoir. Chaque attraction nécessite beaucoup de temps de transport et les transports publics sont presque inexistants en dehors des grandes villes. Et en plus de prévoir les transports, il fallait penser à la réservation des attractions et des hébergements, car même en hiver (saison normalement basse), les infrastructures sont trop petites pour accueillir tous les voyageurs !

Bref, mon arrivée en Nouvelle-Zélande a été une confrontation à une culture occidentale où tout tourne autour du marketing qui se base sur l’idée que plus la publicité est en grosses lettres de couleur vive, meilleur sera son profit.

 

Un autre regard

Il m’a fallu quelque temps pour comprendre comment voyager dans ce pays.

Trop de planification nécessaire ? J’arrête alors de planifier, on verra bien ce qu’il se passe ! Pas assez d’interactions avec des personnes similaires ? Les provoquer : faire du stop, choisir des dortoirs plus petits, éviter lorsque possible les auberges de jeunesse industrielles. Pas assez d’imprévus ? Se faire une journée découverte de Wellington en ne se basant que sur les conseils et recommandations des personnes rencontrées dans la rue.

Malgré ce côté que je n’ai pas trop aimé de la Nouvelle-Zélande, je dois tout de même avouer que le pays est magnifique en termes de paysages !

Je crois que lors de ma première journée sur les routes de Nouvelle-Zélande, je me suis arrêté en moyenne à chaque demi-heure pour apprécier le paysage ou faire une photo.

L’île du Sud de la Nouvelle-Zélande est composée essentiellement de très vastes étendues vallonnées de champs dont la couleur (vert vif) ne tarit pas malgré la fin de l’automne / le début de l’hiver, mais aussi – et surtout – de grandes chaînes de montagnes aux pointes enneigées.

J’ai moins parcouru l’île du Nord, mais en dehors des samedis soirs fous de Wellington et de ma rencontre avec mon ancien colocataire et sa copine à Auckland, Rotorua m’a énormément plu grâce à son sol thermique qui lui donne un côté mystique. Les présentations culturelles des traditions Maori ainsi que la visite du plateau du Seigneur des Anneaux ne fait qu’ajouter à l’attrait de la région.

 

Dérapages à Muller’s Hut

Un souvenir fort est la randonnée de Muller’s Hut dans le Parc National du Mont Cook. Je revois encore le marocain-canadien avec qui je voyageais – qui par ailleurs est selon moi un poète des temps modernes – courir sur la fin de la montée dans un bon demi-mètre de neige. Un jeune fougueux, sans aucun doute. Une fois arrivés à la hutte, pas question de s’arrêter. Pourquoi ne pas aller un peu plus loin, un peu plus haut, pour avoir une meilleure vue ? On reste à contempler les alentours et à se balader, chacun à sa guise, pendant 2h. Le soleil joue avec nous, donne une couleur pourpre au ciel sans nuage, puis finit par se cacher derrière les montagnes. Au loin, on voit des glissements de terrain et petites avalanches. Il est temps de repartir. Sur le chemin du retour, à la lueur du soleil couchant, on glisse en « dérapage » contrôlé, fesses aux talons, en se dirigeant avec les mains sur la neige. C’est hilarant. Un gamin que je suis, un gamin. On tombe et on rigole. On reprend la glisse, on marche lorsqu’il y a trop de pierres ou lorsque la neige se transforme en boue, puis en terre séchée. Mais on continue toujours à descendre, jusqu’à ce que la nuit noire soit complètement tombée et que l’on décide d’éteindre nos torches pour se poser et regarder les étoiles. La voie lactée n’attendait personne d’autre. À 5 mètres d’écart l’un de l’autre, nous sommes allongés sur le chemin terreux pour profiter de cette vue sur l’univers qui nous semble infini. Les étoiles brillent par milliers. On ressent que l’on est au milieu d’un univers riche. Je veux aller dans l’espace. Tout est apaisé et apaisant. Tout est parfait.

 

Photographie à Nugget Point

Puis, quelques jours plus tard, il y a eu l’épisode de Kaka Point, au Nord de la région des Catlins. Profitant du ciel éclairci annoncé, j’ai traversé l’île du Sud presque entièrement d’Est en Ouest pour arriver à Kaka Point. Il s’agit du village le plus proche de Nugget Point, un phare qui s’élève au bout d’un chemin serpentant sur l’arrête promontoire. Je rencontre alors Mike et Jenny, propriétaires sur la fin de leur carrière d’une petite chambre dans leur maison à Kaka Point. Jenny ne s’arrête pas de parler, et elle a déjà reçu plusieurs photographes de renoms dans cette chambre. Elle me montre leurs photos et je suis impressionné. J’avais vu des photos de ce fameux Nugget Point, mais celles-ci étaient incroyables. Je vais repérer les lieux, plus excité que jamais. Je rentre manger et me voilà dans la nuit noire, de retour sur la route de Nugget Point. Après avoir marché une quinzaine de minutes, j’entends des chinois qui prenaient des photos. Comme ils n’arrêtaient pas d’allumer leur lampe torche, j’en ai profité pour regarder la voie lactée encore plus belle qu’au Népal et encore plus spectaculaire qu’au parc National du Mont Cook. Elle formait une arche parfaite au dessus de moi. Je la vois à 180° autour de moi et si l’on se concentre bien, on voit apparaître de nouvelles étoiles, invisibles à première vue. Le bras de terre duquel le phare s’élevait était majestueux entre la mer plutôt calme ce soir-là et le ciel étincelant. Je crois avoir passé quatre heures à cet endroit, à contempler le ciel, le paysage, la mer ou à prendre des photos. J’étais la plupart du temps seul, mais un autre photographe m’a rejoint à un moment, puis un couple d’italiens. Je parle rapidement avec le couple, beaucoup avec l’artiste néozélandais amateur. Il me montre une technique très utile en astrophotographie, puis on essaye différents angles et compositions. Au final, lorsqu’il part, je trouve la composition parfaite. Je suis satisfait, je regarde encore ce paysage dans le froid pendant 10 minutes et rentre me coucher.