Mon passage d’un peu plus d’un mois sur les îles de Moorea et de Tahiti m’a permis de découvrir la vie quotidienne d’une partie de ma famille et d’avoir une première introduction à la richesse du monde sous-marin.

 

 

Arrivée au Lagoonarium

« 4-3 YOUHOUUUUUU, ARRIBA ARRIBA ! Ça c’est bon ça ! »

Mince, est-ce que j’ai bien entendu ou c’est du bluff ? J’ai aussi entendu 4-1 tout à l’heure. Je ne veux pas savoir. Avec mon oncle Charly, on a prévu de regarder le match France-Argentine ce soir en replay et il est essentiel de ne pas connaître le résultat du match avant la fin. Car on a beau être en Polynésie française, la coupe du monde de football reste tout de même un évènement !

Pour être plus précis sur notre localisation, nous venons à peine de partir de l’île de Moorea, juste à côté de celle de Tahiti. Nous sommes sur un petit bateau et celui qui crie « ARRIBA ARRIBA », c’est le gros Tahitien qui conduit le bateau et dont je verrai le haut des fesses qui débordent de son short de bain pendant une bonne partie de la journée. Ma tante Muriel, mon oncle Charly, mon cousin Antoine et moi sommes en route vers un banc de sable, mais le Tahitien (appelons-le Arriba !) repère des dauphins qui s’amusent au loin et décide de s’en rapprocher un petit peu pour que l’on puisse les voir.

Cinq minutes plus tard, nous sommes sur le banc de sable à côté d’un motu (îlot) privé. Ici, il y a environ 8 fare, petites maisons polynésiennes composées d’une structure triangulaire surélevée avec des toits en pandanus. On trouve également des petites installations comme des chaises longues, des petites tables et un petit café-bar dont les planches en bois et les coquillages lui donnent la forme d’un bateau.

 

L’île de Moorea

Paysages

D’ici, on voit bien les îles de Moorea et de Tahiti. On ne voit pas tout, évidement, mais après près d’un mois passé à Moorea, je reconnais les différentes montagnes de Moorea. On voit le col de Vai’are que l’on a grimpé avec Charly il y a quelques jours avant de rejoindre le point de vue des trois pinus. De là-bas, on peut observer la fameuse montagne percée, montagne emblématique de l’île qui, selon la légende, a été transpercée par la lance d’un polynésien afin de faire déguerpir des voleurs. Non loin des trois pinus se trouve le Belvédère, d’où l’on peut admirer les deux baies caractéristiques de Moorea. Nous avons également randonné en direction du Belvédère, traversant les différents marae, ces sanctuaires sacrés dans la culture polynésienne.

 

Vie quotidienne

Il faut dire qu’avec Charly, on a fait beaucoup de randonnées. Ancien militaire, même s’il était moins performant dans les montées, il galopait dans les descentes. Cela faisait un petit moment qu’il n’avait pas fait de grandes randonnées, et cela pour une bonne raison. En effet, depuis quelques années, il est devenu artisan-tourneur sur bois et fabrique à partir des différents bois locaux des objets de qualité : stylos de luxe, rasoirs et blaireaux, pots à crayon, boites à musique, lampes et d’autres outils. Avec Muriel, ils créent, personnalisent, vendent, gèrent le service après-vente et font plusieurs salons d’artisanat dans l’année. Et cela prend du temps ! Ils ont beau vivre en Polynésie française depuis 9 ans, la vie n’est pas forcément celle que l’on imagine, à faire des aller-retours entre les lagons couleur turquoise et la plage de sable blanc, la tête à l’ombre des cocotiers.

Dans l’atelier de Charly, j’ai eu l’occasion de voir le processus de création d’un stylo de A à Z, et même d’en tourner trois !

Muriel, elle, gère les devis, commandes, livraisons et toute l’administration. Un vrai travail d’équipe et c’est sûrement pour cela que ça marche bien. Lorsqu’elle avait un peu de temps libre, on jouait au Scrabble (oui, au Scrabble !) ou l’on discutait le soir, posé sur leur terrasse apaisante, à regarder des photos de famille ou à parler de sujets divers et variés.

Ce mois à Tahiti m’a fait du bien, m’a reposé. C’était mon break dans mon voyage, où j’en ai profité pour bien dormir, reprendre des forces mais en même temps prendre une petite routine : entre la pizza du vendredi soir, les épisodes de Westworld du lundi soir, les matchs de la coupe du monde et les soirées tranquilles, j’avais tout de même de quoi rythmer mon quotidien.

De temps à autre, j’allais sur Tahiti rendre visite à Antoine qui vit là-bas. C’était l’occasion de faire un peu la fête, de parler et de (re-)découvrir mon cousin, de manger des pâtes au cheddar et de profiter du restaurant-bar central de Tahiti : Les Trois Brasseurs. Lui aussi venait parfois à Moorea, et je garderai un bon souvenir et quelques petites plaies mineures de notre nage à contre-courant pour aller voir les raies et poissons entre les motu Fareone et Tiahura !

 

Mon expérience à Tahiti jusqu’à présent est bonne, même très bonne. Je retrouve un cadre familial, je découvre la vie polynésienne, les splendides paysages des îles de Tahiti et Moorea et je profite des fruits qui sont incroyablement bons ! Oui : ananas, fruits de la passion, caramboles, bananes, mangues et tellement d’autres ! J’ai même fait rouler le pamplemousse ici et oui, c’était délicieux !

Mais c’est vraiment sur la fin que j’ai été le plus ébahi par la Polynésie française. J’en reviens donc à mon histoire.

 

Le monde sous-marin

Nous venons donc d’arriver sur le banc de sable, et après avoir posé nos affaires dans un des petits fare et pris le café, me voilà avec palmes, masque et tuba à sauter dans l’eau du lagon sur laquelle se reflète le ciel bleu.

Une fois la tête sous l’eau, un tout autre monde apparaît sous nos yeux. Un monde dont l’on ne perçoit presque rien du dessus de la surface de la mer. Les bulles d’oxygènes de ma plongée se mêlent à celles libérées par les coraux qui peuplent le fond marin. Presque instantanément, j’aperçois une multitude de poissons : poissons papillons et caranges ne manquent pas, mais les reflets arc-en-ciel des poissons perroquets sont plus rares et il faut les chercher un peu. À coups de palmes, je parcours donc les paysages sous-marins à la recherche du plus emblématique des poissons de la Polynésie française. Sous un rocher, des dizaines de poissons dont j’ignore encore le nom fixent un même point imaginaire et ne semblent pas disposés à bouger plus que cela. Les bénitiers sur les coraux m’intriguent. Je m’approche d’un corail pour en voir un de plus près. Ses lèvres de couleur violette bougent avec les micro-courants. À côté, j’observe des oursins de toutes tailles. Pourquoi sont-ils sur ce corail alors qu’à trois mètres d’ici, il n’y en a aucun ? Je n’en sais rien. Et pourquoi alors sur celui à trois mètres d’ici, les anémones vertes, jaunes et bleues sont reines ? Je l’ignore tout autant, mais je m’amuse à les regarder se rétracter dans un mouvement de spirale sous l’influence des courants ou de l’approche de ma main. Elles sont belles et je passe du temps à les observer. Ah, enfin ! Je vois un poisson perroquet qui passe à côté de moi. Je le suis de plus ou moins près. C’est qu’il va vite et je dois remuer frénétiquement mes jambes pour pouvoir rester à proximité. Sans l’avoir voulu, je me retrouve un peu plus loin du rivage et j’aperçois alors une raie pastenague. Puis une deuxième. Elles sont majestueuses et se baladent tranquillement dans leur environnement. Je change d’objectif et décide alors de les suivre. Je n’entends pas le clapotement de la surface de l’eau mais seulement les sons de ce nouveau monde rythmés par ceux de ma respiration. Je me sens en paix et continue à suivre ces deux créatures.

La paix ne durera pas longtemps, car c’est bien un requin à pointes noires qui vient d’arriver dans mon champ de vision. Certes, il est loin, mais ça ne fait aucun doute que c’est un requin. Bien que je sache qu’ils sont plutôt inoffensifs, je reste prudent : c’est mon premier contact avec un requin après tout et il n’y a personne autour de moi en ce moment même. Je m’approche tout doucement. Il m’ignore et continuera à m’ignorer jusqu’à ce qu’il me perde. Ce fut court, mais ce n’est pas le dernier que je verrai.

En effet, quelques dizaines de minutes plus tard, je suis avec Antoine au milieu d’une douzaine de requins. Des poissons pilotes nagent sous certains requins, profitant de la trace de ces derniers et un petit poisson jaune et noir est même devenu « ami » avec un des requins et les deux ne se séparent plus.

Arriba commence alors son show de nourriture des poissons, des raies et des requins. Ce banc de sable et ses eaux aux alentours sont un espace marin protégé et les raies et requins viennent pour se nourrir deux fois par jour. Les autres poissons y restent toute la journée, la biodiversité des fonds marins étant une des meilleures à des miles à la ronde. C’est un véritable aquarium sans frontière : la densité de poissons est impressionnante et tous (poissons, humains, requins et raies) s’enchevêtrent sans presque jamais se toucher. Arriba crie un « HAKUNA MATATA » aigu avant de plonger sous l’eau pour nourrir les raies. Tous les autres poissons se précipitent pour attraper son petit morceau alors que nous autres restons bouche bée par ce spectacle.

Plus tard, les poissons se dispersent et j’entends un homme parler d’une murène à proximité. Sorte de mélange entre un serpent de mer et un lézard, la créature ne donne pas envie d’approcher. Mais pour Arriba qui connaît bien la murène, cela ne lui pose aucun problème et s’amuse avec elle qui entre et sort d’un petit espace entre un rocher et le sable.

 

La journée continue et je n’ai pas le temps d’« être fiou » (être fatigué/paresseux). Ce nouveau monde me semble plein de mystères et d’inconnus. J’aimerais en découvrir plus, en connaître plus, mais j’ai déjà du mal à assimiler tout ce qui est devant mes yeux. Tout est nouveau : les paysages, les animaux, les modes de vie ou de survie, les couleurs, les sons, les matières, les moyens de communiquer, etc. Il y a une sorte de mysticité au monde sous-marin qui correspond à 71% de la surface de la Terre mais qui reste encore assez peu connue.

 

Sans m’être rendu compte du temps passé, me revoilà sur le bateau qui nous ramène à Moorea pour aller voir le match que la France allait gagner pour finir cette journée déjà parfaite !