Hualien est une petite ville de la côte Est de Taiwan qui étonne par son côté presque désertique. Cependant, c’est le lieu idéal pour « se poser » et de là aller visiter les superbes gorges de Taroko.  

 

La ville de Hualien

Lorsque l’on se balade en vélo dans les rues de Hualien, on pourrait presque s’attendre à voir de vieux journaux balayés par le vent tellement la ville semble inactive. Entre les temples désertiques, le parc de jeux désaffecté derrière le Sanctuaire des Martyrs et la foire qui semble fonctionner sans aucun visiteur ni forain, la ville pourrait faire penser aux alentours de Tchernobyl. Ajoutons à cela la musique classique La prière d’une vierge de Tekla Badarzewska-Baranowska qui est jouée à tue-tête par les camions poubelles. Cela ferait presque froid dans le dos !

 

Mais en réalité, si vous entendez cette musique, c’est le début d’une activité dans la ville. En effet, à Taiwan, pour éviter une abondance de rats, les poubelles ne sont pas laissées dehors mais sont conservées chez les habitants qui doivent sortir pour les donner aux éboueurs lorsqu’ils entendent la musique !

 

Et puis lorsque l’on sait où chercher, on trouve tout de même un peu plus d’activités à Hualien. Le centre ville tient chaque soir un marché nocturne, et les restaurants y sont nombreux. Mais lorsque l’on s’éloigne à nouveau des rues actives, on peut alors trouver des cafés très cosy comme le Caffee Fiore qui fait de délicieuses boissons et desserts. La décoration est chaleureuse et l’on ronronnerait presque comme les deux chats de l’établissement qui y sont traités comme des rois !

 

En termes de musées, on a fait un tour au Hualien Railway Cultural Park. On a eu l’occasion de beaucoup rire tellement il était peu intéressant ! Heureusement, il est gratuit. Cela reste un très bon souvenir malgré tout.

 

 

Les gorges de Taroko

Un bus fait des allers-retours réguliers entre Hualien et différents endroits du parc national de Taroko. Entre Hualien et le premier arrêt, il faut compter une heure avec une très belle vue sur les 15 dernières minutes.

Le parc national de Taroko est une région montagneuse où la végétation luxuriante orne les falaises de plusieurs centaines de mètres de hauteur. Ces dernières – très abruptes – sont majoritairement constituées de marbre et la rivière Liwu se faufile entre elles. Ces canyons forment les gorges de Taroko !

Plusieurs petites randonnées sont agréables ; plus particulièrement, les Swallow Grotto et le chemin de Lushui. Mais qu’importe la randonnée, les paysages y seront magnifiques !

Mais attention à bien vérifier que les trails soient praticables étant donné qu’il est fréquent que des chutes de pierres fassent fermer les routes.

Des randonnées plus longues dans des parties plus sauvages du parc sont possibles. Il faut toutefois les réserver environ une semaine à l’avance ! Ne vous faites pas avoir comme moi.

De même, j’ai regretté être dépendant des horaires de bus ! Louer un scooter aurait pu être une bonne idée.

 

 

Aparté : Les aborigènes à Taiwan

Avec près d’un quart de la population de la côte Est qui est aborigène, il semble légitime de parler des différentes tribus dans cet article. De plus, le nom du parc national de Taroko correspond à la langue parlée par un de ces peuples : les Trukus !

Les aborigènes sont les autochtones qui habitaient l’île avant la colonisation hollandaise au XVIIème siècle. Alors que l’entente entre les néerlandais et les aborigènes est plutôt bonne, la situation change légèrement lorsque les chinois arrivent à Taiwan, et elle devient néfaste sous le régime japonais. La situation atteint son paroxysme lors de la révolte de Wushe en 1930, où les aborigènes se rebellent contre les japonais (cela ne dure cependant que deux mois). Suite à la défaite japonaise dans la Seconde Guerre Mondiale, les nationalistes chinois reprennent le contrôle de l’île et font tout pour intégrer les aborigènes. Tellement d’ailleurs qu’ils veulent que tous les aborigènes deviennent chinois en supprimant l’apprentissage des langues aborigènes à l’école et en obligeant l’utilisation de noms chinois. La situation perdure jusque dans les années 80 à partir desquelles les droits et la reconnaissance de la culture aborigène s’améliorent.

Aujourd’hui, il y a environ 500 000 aborigènes à Taiwan, soit 2% de la population de l’île, répartie dans 14 tribus. Chacune de ces dernières a une culture spécifique avec sa langue, ses festivals, ses costumes et ses traditions.

 

J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs aborigènes, et voici ce que j’ai appris :

 

  • Ils ont souvent un prénom aborigène et un prénom chinois. Parfois, ils en ont également un anglais pour faciliter les échanges avec les étrangers.
  • La nouvelle génération ne vit pas forcément dans les villages de leur tribu, mais peut déménager pour travailler dans les grandes villes où j’y ai rencontré une infirmière et des réceptionnistes. Ceux-ci n’en restent pas moins fiers de leur culture !
  • Cheveux bleus, double paupière, casquette Adidas et robe sexy : on est loin des clichés qui pourraient nous faire croire que les aborigènes sont toujours dans la tradition la plus totale !
  • Si un né-aborigène ne suit pas les « formations » ou ne s’implique pas totalement dans la tribu, il ne peut pas participer aux danses lors des festivals, mais n’est pas exclu de la tribu pour autant.
  • Il y a quelques différences entre les cultures des tribus. Par exemple, les Seediq résident dans les montagnes et mangent beaucoup de légumes, tandis que les Amis vivent dans les plaines de la côte Est et dégustent plutôt des fruits de mer.
  • Une des plus petites tribus, les Saisiyat, organise une année sur deux le festival Pasta’ai. La légende dit que des nains ont enseigné aux ancêtres des Saisiyat les bases de la chasse et de l’agriculture et qu’un jour, ces mêmes ancêtres ont tué ces nains. Aujourd’hui, la tribu honore l’esprit des nains au travers de ce festival particulièrement arrosé pendant 3 jours . Lles costumes à porter lors des danses traditionnelles sont très lourds ; ils accrochent des cloches dans le dos.

 

Pour découvrir un peu plus la culture aborigène, il existe deux films sur la révolte de Wushe (Seediq Bale – Partie 1 et Seediq Bale – Partie 2). J’ai pu voir la première partie dans un cinéma U2 à Taipei et j’ai adoré !